A la vitesse où on sur-remplit les prisons, avec le plus souvent, des petits dealers, des petits voleurs, des petits arnaqueurs, beaucoup de fous, une majorité de hors société plus que hors la loi, y’a du boulot à venir !
L’état va construire encore des prisons neuves pour désengorger le trop plein, au lieu de réfléchir à de la prévention, et de l’éducation, rien de nouveau, plus une société est débile, plus on enferme les gens.
C’est encore mieux, ça procure des emplois à des gens qui ne savent rien faire d’autre, et donc on retrouve du côté des matons, le même genre de population qu’à l’intérieur des prisons.
Tout est bien qui finit bien : au lieu de s’occuper d’élever le niveau des personnes on les enferme ensemble, les bandits et les pauvres cons. C’est économique, la formation pour ouvrir des portes avec des clés est très rapide, et le mépris corrélé à l’abus de pouvoir est quasi-inné, en particulier chez des gens en manque de reconnaissance.
Voilà pourquoi, quand on va rendre visite ou déposer des objets à un proche en prison, on devient inévitablement humble et docile, en un mot on fait pas le malin. Depuis les tentatives téléphoniques répétées pour un simple rendez-vous (compter en moyenne deux heures d’essais) jusqu’au dépôt de vêtement, c’est le parcours du combattant :
Au téléphone, quand ça décroche enfin, on est sur le qui-vive, si par malheur ça raccroche, pour un mot d’agacement, une incompréhension… on devient d’entrée le jouet de l’interlocuteur procédurier. Bref c’est l’angoisse, parfois, on obtient une date qu’on ose à peine faire répéter à l’agacé(e), de peur de faire s’effondrer tout le travail précédent en un raccrochage fatal.
Une fois le sésame en main, pour aller porter un pauvre sac, avec des restrictions dignes d’un aéroport en zone de guerre, (couleur taille et formes à respecter), il faut se rendre une heure avant le rendez-vous, donc la plupart des prisons n’étant pas au centre-ville, compter la demi-journée. La plupart des gens prennent une journée de congé.
Quand on arrive devant, il faut attendre à l’extérieur jusqu’à ce que le gardien décide d’ouvrir, et nous contrôle un par un, carte d’identité et rendez-vous.
Parfois, il arrive qu’un parent vienne sans rendez-vous porter un sac en urgence, c’est au bon vouloir du maton n° 1 qui va demander au maton n°2 qui va demander au supérieur, qui acquiescera ou pas selon ce qu’il aura mangé à la cantine. Sinon, le parent repart avec un n° de téléphone, le même que trois paragraphes au dessus.
Les permis de visite, c ‘est plus compliqué, il faut d’abord envoyer tout un tas de trucs administratifs au tribunal, qui, s’il dit oui, (compter trois semaines minimum) renvoie les personnes sur la même plateforme téléphonique ci dessus. Par bonheur ils sont en train de dématérialiser la prise de rendez-vous, on peut réserver un créneau de visite sur le net, mais pas pour les vêtements. Et naturellement, on a pas le droit d’apporter des vêtements le jour du parloir, sinon, c’est trop simple.
Le personnel des prisons qui s’ennuie, n’est pas réellement sympathique : d’abord comme des cons, ils ont choisi de s’enfermer tout seul, et puis il faut toujours garder son mini pouvoir de faire chier le monde, c’est tout ce qui leur reste dans leur vie de con qui s’est enfermé tout seul. De façon générale, on a constaté que le service public n’existe plus vraiment, et qu’on est très souvent à la merci du bon vouloir des administratifs, comme si c’était une faveur.
Par exemple, s’il vous arrive de ne pas vous rappeler du numéro de casier (comme à la piscine) où tout entrant dans l’enceinte de la prison est prié de déposer ses effets personnels, ou bien d’en oublier le code, con que vous êtes à vous préoccuper de la suite du chemin tortueux qui vous mènera jusqu’au graal du dépôt de vêtements, tant pis. Le maton responsable des casiers pourra à son bon vouloir tenter de vous ouvrir ou pas avec son passe, ou vous prier de rester bien sage jusqu’à ce que tous les parloirs et tous les dépôts aient évacué.
Pour terminer cette morne aventure, il vous faudra reprendre le bus, vos pieds, le RER et le métro pour rentrer chez vous, avec le soulagement que votre proche aura ce soir un peu de réconfort, grâce à ce tout petit quelque chose de l’extérieur que vous lui aurez apporté, envers et contre tout.