Brèves de quartier

 Brèves colos

Mamadou, huit ans, une fois de plus enrage : il vocifère, hurle, mord, tape tout le monde. Je le plaque au sol. Ca le calme.  Et puis après je le berce en lui montrant les nuages. Inspire, expire, longtemps et il est devenu tout mou, tout calme. Juillet 2001.

Milly, douze ans jette son appareil photo : sans garder la pellicule C’est un appareil jetable. Juillet 2001.

Milly fugue jusqu’à l’arrêt de bus municipal, à Oostende. On l’a retrouvé attendant un bus pour rentrer à Paris. Il n’y en avait pas. On a fini par rentrer au camp après trois quarts d’heure de pourparlers. Juillet 2001.

Mamadou (encore)  ouvre la porte latérale du camion pour pousser un autre gamin sur l’autoroute qui l’énerve. L’animateur qui conduit  pile sur la bande d’arrêt d’urgence et le rassoit avec conviction. Un peu plus loin, quand on peut s’arrêter sur une aire d’autoroute, j’hurle sur Mamadou. Alors il me jette une poignée de gravier à la figure. Je vais tuer ce gosse. J’ai failli le tuer, maintenant je pourrai plus, il est balèze. Juillet 2002.

Mamadou (sigh) m’insulte copieusement. Je le plaque au sol et je m’assois sur lui. Quatre-vingt kilos de barbaque sur l’estomac, ça calme au moins un moment. Juillet 2002.

Aujourd’hui Adama a dit cinquante trois fois  « je m’en bats les couilles ». Juillet 2002.

Aux douches du camping, Rachid branche une gamine flamande en train de laver la vaisselle: « me love you, you need a help, mademoiselle ? ». Elle est allée chercher son père. Juillet 2002.

Les mômes jouent avec un ballon de foot dédicacé par les joueurs de l’équipe de France pour la coupe d’Europe, avec plein d’initiales. Un jour on voit A.S. au gros feutre sur le ballon. Il n’y qu’un gamin à qui ces initiales appartiennent : Adama Sacko. Juillet 2002.

Waba a rayé le camion de location avec un piquet de tente. Il s’est vengé, on l’avait engueulé. Plus de caution. Juillet 2002.

Rachid s’est niqué la dent, pétée net en deux morceaux. Daouda l’avait marabouté selon la collectivité, parce qu’ils étaient en froid…Le père de Daouda est un grand marabout réputé dans tout le 20ème. Août 2002.

Fatou (13 ans) a eu ses règles. Alors sa mère a dit « à la maison, tu sors plus. »Bon, heureusement, ça marche pas trop, elle n’est pas souvent là pour la surveiller. Juin 2003

Une maman vient inscrire sa gamine pour des vacances, et explique qu’elle n’a pas d’argent. Et que l’assistante sociale s’en occupera plus tard ; la grande soeur est là, je lui demande : « et toi ça te fait pas chier de pas partir »? Elle me répond « Ah mais moi je vais à NY trois semaines ». aaa     Juin 2003

Fio (18 ans) se pointe le jour du départ à la colo avec 7 points de sutures sur le poignet. Au bout de trois semaines, il a fini par nous dire qu’il  avait pris un coup de machette (à St Ouen)…mais on sait toujours pas pourquoi. Juillet 2003

Chafik c’est un vrai branleur : c’est le petit frère de Salima, il a 14 ans et elle 18. Il lui dit toujours ce qu’il faut qu’elle fasse : « ne t’habille pas comme ça, ne parle pas à ce mec là, fais ci fais ça… » ; par contre, le jour où le connard qui sortait avec Salima l’a tabassée dans la rue, parce qu’elle n’en voulait plus, il était où le frangin ?  Juillet 2004

Quand il est arrivé du bled y’a 4 ans, le premier truc qu’il a dit, c’est « eh les amis, y’a des colettes ici ? » parait que ça veut dire femme, -voire pute bref fille facile- au bled. Alors tout le monde l’appelle Colette, maintenant plus personne ne sait son vrai prénom.   Juillet 2004

Tie dit à Colette  « et moi t’as vu mes mains de daron ? je te mets une claque tu vas t’envoler! » en effet, à 15 ans elle mesure 1.70m et chausse du 43, elle a des « mains de daron » et il fait pas le poids.  Juillet 2004

Mr Niame a d’abord interdit à sa femme d’aller à l’alphabétisation, puis il l’a réexpédiée au bled le mois suivant, et est revenu avec une servante de 15 ans. Petit échange. Juin 2001

Bachir s’est pris une raclée monumentale par un dealer de « St blaise ». Il l’avait confondu. Décidément, les dealers sont aussi cons que les flics par chez nous. Juin 2002

Les vieux débris du conseil de quartier n’ont pas supporté que 350 lascars viennent gentiment au repas de quartier qu’on avait réussi, malgré la flicaille  alertée par leurs soins. C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu d’embrouilles, en dépit de leurs efforts désespérés. Ah ! les sales vieux jaloux, ils crèveront avant nous. Octobre 2002

Quand on rencontrait Monsieur Niabali, ça allait toujours « j’ai un petit rhume, rien de grave…ça doit être la pollution. » Monsieur Niabali a été hospitalisé d’urgence un jour de septembre 2005. Mr Niabali est mort en quinze jours. C’était le sida.

Une gosse de 16 ans vient me voir avec un hijab sur la tête pour que je l’aide à trouver du taf : « en plus à H&M c’est des racistes ils veulent pas me prendre comme vendeuse ».Victime !

Le boulanger (algérien) du coin me dit : « ah mais mad’moiselle, si vous voulez faire un repas de quartier faut acheter de la bouffe cacher, y’a que des juifs, des tounsis par ici ! ».J’en connais trois sur tout le quartier et encore ! dont un qui n’a pas l’air de bouffer cacher et qui fait le con le samedi avec ses enfants.  Oct 2004

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