Life is Rock

Experiences –comme dit Hendrix-

Les auditions :

voilà à quoi je ressemblait en 88 -la blonde, la brune c’est ma pote-

Quand je suis arrivée à Paris,  comme mon projet c’était rockstar j’étais prête à tout pour y arriver. A 19 ans, le rock m’attendait à Paris d’abord à Londres et NY ensuite, c’était ma destinée, depuis le temps qu’on échangeait des dialogues ultra réfléchis en anglais avec mes posters de Motorhead Twisted Sisters et Maiden…Il me fallait donc un groupe de rock à 19 ans, avec la prétention d’être signée, après tout, des nazes comme Saxon ou Def  Leppard (Le léopard sourd ? ou la mort du Léopard ?) j’ai jamais su… y arrivaient bien. (et venez pas me dire qu’ils en savaient plus que moi en musique). J’ai trimballé mon ampli Torque 50 watts (autant de kilos) sur un diable avec des sandows et ma pauvre basse de l’époque, dans le train plus métro, n’hésitant pas à me taper une heure de train depuis la gare du nord avec tout le berloquin : une yamaha à la con -très bien pour les fils du métal- moins lourde que sa boîte à la con ; que je m’étais fait refourguer en même temps que des photos hard rock de « professionnel » par un vieux hardos charismatique, dans un rade craignos vers République. J’ai donc bravé le train de banlieue jusque Persan Argenteuil ou Nanterre, les dimanches après midi, les soirs en semaine, avec les ancêtres des lascars , les zoulous de l’époque, plus ou moins attendris par mon pitoyable  look hard rock et le fait que je me trimballe tout ça toute seule.

Extrait de conversation : eh tu fais du rock ? (à l’époque le lascar articulait normalement et n’avait pas un accent de déficient mental) ben ouais tu vois bien comment j’en chie là / eh fais voir si tu peux jouer marvingaye / euh je sais faire que du rock mais chante le truc pour voir  / ohgiveupgiveupgiveup / ah ben non hein ça chépa le faire mais c’est pas bob marley par hasard / ah chépa mais tu sais jouer un peu quand même ? : beuh ouais tiens regarde je te fais AC/DC (lalalalalalalalala) / mais tu sais jouer que ça ? fallait occuper les heures de transport.

Toute cette énergie dévouée pour d’ hypothétiques montages de groupes plus ou moins foireux, dont voici quelques exemples :

Un jeune con (17 ans quoi…) me fait écouter pendant des plombes des trucs pas bien qu’il a fait tout seul avec sa boîte à rythme,  en m’expliquant qu’il est fan des Bérus, et que c’est ça qu’il veut faire, ah ben y’a pas de basse dans les bérus, je fais quoi alors ?

Un « vieux » il devait avoir 28 ans -et à l’époque ça m’en paraissait 60-, me fait écouter des trucs à la rita mitsouko  et voudrait bien que je chante comme Catherine Ringer. Ouais mais déjà t’as vu comment elle chante ? et  je sais juste faire de la basse moi et encore registre rock, 4  accords, rythmique simple….

Y’a aussi eu la fois ou miracle ! je tombe sur Teasin’babes, le groupe en vue de Glam des années 89 90 à Paname : les gars sont tout en décoloration permanentée, bracelets, maquillages, futal en cuir et batterie rose, http://www.facebook.com/photo.php?fbid=334093463365533&set=a.334092970032249.78616.333956593379220&type=1&theater ça en jette, c’est les Bootsy Collins du wackenwoll. Ca se passe trop bien, ils sont souriants, c’est sympa,  je vois bien que ça colle, ah ben merde, on m’explique longuement que pour la zique ça irait, mais le look, là, va falloir bosser. (ah ouais j’ai pas encore adopté le corset cuir et lacets de Dorothy Pech (euh pêche), chanteuse très blonde du groupe teuton Warlock, devenue mythique grâce à ses seins généreux compressés dans du cuir lacé…)

La fois où j’arrive dans une mjc lointaine (vers evry ville nouvelle à l’époque) le gratteux, un libidineux à peau grasse, me dit qu’il est fan de Prince, que c’est ok mais faudrait que je joue avec la basse « quoi tu vois tu la passes là dans l’entrejambe »  voir vieux clip de prince ou des poufs en talons et résilles  jouent le funsex, prennent des poses suggestives et font finalement pas mal la gueule.

Pis bon y’a eu toutes les fois où c’était ok mais tiens si on baisait d’abord ?

Ben j’étais pas prête à tout finalement.

Y’a eu tout un tas de groupes sans suite, 17 à peu près, pas exactement bons.

Persan

J’avais un groupe de métal composé de Cyril à la batterie, Francis et Kris aux guitares, et moi. On a pas répété bien longtemps (de l’automne à l’hiver 88 dans un garage sombre de Persan) mais ces gars étaient les premières rencontres métalliques et musicales que j’ai fait à Paris. Cyril était fan de Mötley Crüe, Kris était fan de Satriani et de Cacophony avec ses deux guitar-heroes, Francis était fan de moi – ce qui était pas mal quoiqu’un peu lourd à la longue-.

Chez Cyril

Quand on est jeune, on se rend pas bien compte, rien n’est très grave et puis bon c’est la vie. Il habitait avec son grand frère, qui aimait vraiment Renaud, sa grande grande soeur qui aimait les anti-dépresseurs et le suicide raté, sa mère qui était la grosse dame du canapé.      Je crois bien que je n’ai pas vu une seule fois la mère de Cyril en mouvement, un peu comme la mère dans le film avec Johnny Dep, oui, Gilbert Grape.  Il y avait aussi dans ce deux pièces où la chambre ressemblait à un placard à lit, tout un tas d’animaux du genre chien-loup, lapins, chats, oiseaux, bref toute une ménagerie bruyante et cinglée de vivre dans 20 m2.

Cyril à 16 ans, était un petit blond souriant plein d’espoir : il rêvait d’intégrer Mötley Crüe, mais je sais même pas si à ce jour, il a pu aller en Californie une fois au moins pour un autographe de Tommy Lee.       Je crois qu’on peut dire sans modération que c’était la zone.

Kris                                                                                                                                                                              Kris éspèrait devenir lui aussi un héros de la guitare.

Il bossait depuis l’âge de 18 ans pour être autonome, à la SNCF, au nettoyage des trains. Quand il ne bossait pas, il faisait des gammes et s’entraînait à les passer le plus vite possible. Il avait l’idée qu’il fallait être un ascète dans la vie pour arriver à ses fins. Donc il buvait pas, il baisait pas. No fun comme dit Iggy….En même temps, sa mère était témoin de Jéhovah. Puis il a quitté le groupe, s’isolant de plus en plus tous les jours pour bosser les plans de Satriani. Peut être qu’il est devenu super fort en guitare, mais ça, personne le saura jamais.

Chez Francis

C’était une famille moyenne, père taxi franchouillard de banlieue, mère antillaise éducatrice, tous très sympa. Ils étaient famille d’accueil, y’avait toujours des tas de gosses rigolos en plus de lui et sa soeur.  Ses parents avaient décidé que je pourrais faire une belle fille potentielle. Un dimanche midi ils m’ont invité à manger, mais comme on avait largement fêté je ne sais quel concert la veille, j’ai tout vomi mon déjeuner avant même que le dessert n’arrive.  Je crois que j’ai fait une très bonne impression.

Duck

Il connaissait Kris le maniaco dépressif par le boulot. Mais Duck lui, il conduisait les trains, il avait fait les cours du soir et repassé des tas d’examens. Duck était franchement marrant. Même ma grand mère -chez qui j’habitais-  l’aimait bien. Toujours en train de dire des conneries, de bon poil, jamais sérieux. Un peu plus vieux que nous, et vachement bon à la guitare. Il jouait des plans de guitare sur des basses, il en avait plein, il claquait tout son fric à Pigalle en guitares. Il avait au moins trois basses (toutes de marque donc chères) dont une fretless, et des grattes dont des BC Rich -la grande classe à l’époque-. Et chez lui y’avait des amplis partout. Il connaissait tous les plans guitare et basse de Megadeth et faisait tout son possible pour ressembler à Dave Mustaine, son modèle. Manque de pot, il ressemblait plutot à Dalida, tout maigre, avec ses cheveux blonds filasseux. Sauf qu’il mettait des santiags et un perf tout pourri. Comme c’était la star du 93, il s’était payé une transam’ noire pour frimer avec son petit salaire de cheminot. Moi je trouvais ça bidon à l’époque. J’aurais du en profiter, il passait le volant volontiers. On a bien rigolé mais il a bougé sur Annecy à la fin des années 90.

 

La signature

Le jour où on a eu rencart chez Boucherie pour signer avec Witches, j’ai cru rêver : depuis le temps que je la voulais, je pensais qu’à 23 ans c’était mort, je serai pas rockstar et qu’il fallait remballer.

à la loco

-C’était avant Walou- Je me demandais comment nous, qui faisions du trash et pas du bon, on avait pu intéresser Boucherie : alors voilà depuis j’ai eu le temps d’y penser : on avait déjà fait le disque, toute la promo battait le fer sur « 2 filles 2 gars », genre le slogan du siècle ; ça leur coûtait rien ils distribuaient un produit déjà tout fait et ils nous filaient 1 franc par personne pour chaque skeud vendu.

niko fait de la batterie et moi de la basse -rythmique d’enfer-

Malheureusement, c’est  pas avec les disques de notre groupe lamentable qu’ils ont touché du blé, car nos comparses se sont dépêchés de nous lourder croyant que la fortune et le tapis rouge n’étaient là que pour eux : la diva et le soliste. Eh oui ça se la pète dans le rockandroll. Alors, splitt rapide et débandade, car le public aimait aussi la section rythmique que nous étions.(bien fait), et contrat annulé.

Les orgies de  boucherie 

Le temps qu’on a été signé (4mois) y’a eu des bouffes visant à euh ? je sais pas bien : faire se rencontrer les gens connus et pas connus (en général ils se mélangent pas de toutes façons) ou démonstration de l’esprit de la boîte, en tous cas, ouverture pour les groupies ; on y a vu comme les gens pas connus, des trous du cul comme nous signés sur le même label que nous, se la racontaient grave, comme les filles stars d’un groupe plus ou moins punk pop comme boucherie aimait, poussait des cris hystériques, et comme des gens connus Bigard par exemple (oui oui) était sympa et détendu avant d’être riche et de droite extrême ; Charlélie Couture (qui parle comme il chante) ne se marre pas franchement, et a l’air blasé, et le Parrain, là, Hadji Lazaro qui avait l’air de s’emmerder à force que des tas de gens viennent lui tenir la jambe, et que des filles aux looks extravagants fassent hihihihi dès qu’il disait bonjour… Le véritable intérêt de ces soirées était que la bouffe était d’excellente qualité : des plateaux de charcuterie et de fromage à se damner, du vrai pain, de la bière locale de trappistes, des vins choisis, des fruits neufs tout était super frais en provenance du marché du jour et des régions, bref ça ressemblait à de la vraie bouffe, pas comme d’hab’ où on se bat pas pour les petits fours secs du maire. Et le truc vraiment super sympa c’est qu’on pouvait incruster des potes. Merci Mr Hadji Lazaro, on s’est vraiment bien régalé.

La répétition très alcool

Chépa ce qu’y a, la répète sert souvent de moment de picole ; parait que, comme ça détend on se lâche et on joue mieux. Je suis pas sûre du résultat, mais j’ai croisé des tas de gars pour qui la répète sans packssssss est inconcevable.

Celui qui est défoncé croit maîtriser et se prend pour un dieu, il assène ses interminables solos à fond parce qu’il est le seul à ne pas s’entendre et finalement, il trouve que « c’était une répète pourrie et qu’on a pas foutu grand-chose et que le studio est nul avec un son naze et qu’il est bien trop cher ». Multiplions le comportement par le nombre de mecs qui ont bu, et on obtient une courbe exponentielle de jérémiades de stars loupées du wockenwoll.

Les concerts du Gibus

Quand je suis arrivée à Paris, y’avait des concerts trash (ou pire) toutes les semaines ; et je répétais avec des gars au Liberty –déjà au LRS- qui avaient 17 ans et qui écoutaient les trucs les pires du métal à l’époque : Carcass, Nucléar Assault, DRI, Tankard, Massacra, Dark Angel, Morbid Angel, et j’en passe ; j’ai même vu Sepultura avant leur gloire internationale…    Y’avait

t’as vu ça ? sepultura avant ROOTS BLOODY ROOTS

une bande de jeunes couillons entre 16 et 22 ans qui avaient établi une habitude de slam hebdomadaire, avec des règles : baskets obligatoires, celui qui sautait dans la foule avec des docs s’écrasait comme une merde au sol, y’avait personne pour lui. Et le grand mec maigre qui faisait le son et videur (tranquille, le videur, juste là sur la scène pour que les gens ne se blessent pas) chantait -si on peut dire-, dans groupe Proton Burst ; le groupe montant de l’époque, métal mais ouvert avec un gars là, Axel toujours dans les bons plans. Par exemple, Proton Burst avait réussi à se faire éditer un truc avec Druillet. Pendant ce temps, le Gibus, qui n’était pas en reste pour faire du fric, enchaînait soirée métal et dance floor, fallait tous nous virer avant 23h00.

 

Yann est une star : il joue maintenant dans Masshysteria

J’ai rencontré Yann dans un concert, il avait un appareil dentaire et des cheveux très crépus qu’il tentait de plaquer pour faire métal-style. On a fait un groupe vite fait ; Necropsia, la classe intégrale : un batteur beauf qui mettait les pêches après le temps, Yann qui faisait la chèvre à la gratte et moi, qui tentait de placer les plans de Steve Harris mal joués. Il était marrant, Yann il apprenait la guitare ; et il prenait des cours avec Bethov’ le gratteux héroïque –car très gentil- d’ADX. http://www.a-d-x.ch/

Mais si ADX, qui a oublié Suprematie ?  ah mieux ! prière de Satan :

Né d’une femme et de Satan

Par une nuit d’orage

Qui pouvait croire que cet enfant

N’était qu’en fait qu’un message

Cet enfant est l’ange du mal

Qui parmi nous veut diriger

Cet enfant est l’ange du mal

Il n’est jamais rassasié

Bref Bethov on l’aimait bien il se la racontait pas et filait des cours de métal et Yann a pu ainsi faire autre chose que des allers retours bêlants sur deux cases. Et après on allait tous au Gibus voir des concerts idiots. Depuis Yann joue dans Masshysteria, et il a des dreadlocks et des tatouages.

Tankard

Tankard (chope en anglais) est un groupe de thrash metal aux influences punk fondé en 1982 à Francfort. Le groupe définit lui-même son style comme étant du « Alcoholic Metal » en raison de ses très nombreux morceaux ayant pour thème l’alcool.

Le groupe compte une solide base de fans du monde entier, dont ils sont très proches (ils vont souvent boire quelques bières avec eux à la fin des concerts), ce qui leur permet de jouer dans de nombreux festivals internationaux.. extrait de wikipédia

Un soir de concert de Tankard au Gibus, avec le fameux Yann et Gérard-le batteur-beauf, on est allé quémander des bières et j’ai fait ma maline en parlant allemand ; devenant l’Interprète de la soirée, la fille indispensable qui sert à traduire des trucs intelligibles et fins comme « rotons ensemble » « à la tienne » « oh là là j’en tiens une bonne » et « on baise ? »

pff concert de merde…

Bref, l’ennui prenant le pas, voici la séance de dédicaces : un des bibendums du groupe empoigne un feutre indélébile et signe des vestes, des tee shirts, des vinyles, en veux tu en voilà, et moi j’étais là à papillonner autour, avec mon sourire niais, et comme j’avais rien à signer, le gros con propose de me dédicacer la peau, « ouah trop classe » (se dit la pétasse en moi) alors je tends mon bras, et je me suis retrouvé avec une grosse bite dégueulasse indélébile sur l’avant bras pendant une bonne semaine. Tout le monde a bien ri et j’ai refilé le soir même mes vinyles de Tankard, groupe de gros nazes.

La désillusion

Un jour j’ai été très déçue de constater que les rockers (la grande majorité) n’étaient pas les révolutionnaires et les idéalistes que j’avais romantiquement projeté qu’ils étaient.

J’ai réalisé qu’en vérité, le Monde ne les intéressait pas tellement et que la bière était l’unique base commune qui rassemblait des hordes de gens autour d’aucun projet, si ce n’est celui de se mettre minable pendant les concerts ; à la limite la musique c’est secondaire. Alors comme ça rockstar c’est juste avoir des sous ? sinon on se marie à l’église, on a des châteaux débiles avec des poignées en or massif, une collection de voitures et de fringues de stylistes, on prend des nurses françaises pour l’éducation de ses enfants ?on se la raconte, on rêve d’être sang bleu ?

Eh ben ce jour là j’étais anéantie. Mes idoles n’étaient en vrai que des abrutis.

 

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