Charlecity

 

CHARLECITY

J’ai habité deux années avec ma tante à Charleville :

Djamila, Rimbaud et moi et de la valstar époque très rockandroll j’avais 16 et 17 ans.

 

Les usines de Charleville…

très UK

Les usines de Charleville, c’est là où on séchait les cours les après midi de soleil ardennais. On remontait la voie ferrée jusqu’aux anciens abattoirs et là y’avait 500 hectares en friche d’usines désaffectées, super terrain de jeux pour ados en manque de conneries, vaguement habitées par des  jeunes zonards plus ou moins propres et intelligents.

Un mec charismatique –parce que « adulte », en tous cas indépendant- se faisait appeler Poubelle et baladait un rat blanc plutôt malin qui aimait bien boire à la canette, ce qui ajoutait au mystérieux charisme de son propriétaire, qui zonait entre la gare et les usines. Y’avait une petite bande de mecs avec deux nanas, tous plus ou moins malins qui écumaient les concerts, et qui me fascinaient. On a jamais rien fait d’intelligent à part de picoler ensemble la bière la moins chère, en écoutant un vieux poste à cassette qui braillait Gogol et les Bérus  dans les débris d’usines au milieu des machines rouillées ; pour être plus de dix, on traînait avec les psychos qui écoutaient les Cramps, et qui prenaient la pose avec leurs jeans remontés et leurs docks rouges pourraves et cette attirance kitsch pour Londres qui nous dépassait,

les potes -y en a un qui aimait Phil Lynott de Thin Lizzy-

nous les ploucs belges ; alors on faisait des paris à la con d’ados : on traversait le pont de la voie ferrée en même temps que les trains, on dégommait les carreaux restants des verrières des usines, on traversait (pas moi) la Meuse à la nage ; mais personne n’est jamais allé à l’hosto ni ne s’est jamais fait mal dans les paris et les bastons de concert. Pourtant, un jour, y’en a un qui est tombé raide défoncé en cours de français à cause du trichloéthylène, la dope des ados fils d’ouvriers au chômage. Le shit belge ça les endormait, et le reste c’était trop cher. Alors sniffer un vieux chiffon c’était à notre portée. Plusieurs ont persisté…

Par exemple, Poubelle est mort avant ses 24 ans, de surconsommation de produits pas chers -donc frelatés- et d’alcools bas de gamme. Il avait pas une bonne santé.

La coiffure à la bière ou la colle à bateau -très ratée

Mes potes de Charleville ils avaient tous les cheveux tout droit sur la tête, pas très long mais bien 10 centimètres. Et ils m’avaient dit de faire tenir tête en bas dans la douche avec de la bière. Allons y, je me jette deux litres de Valstar (qualité oblige) sur la tronche et je sèche méticuleusement la tête en bas. Ca n’a jamais tenu : j’avais 40 centimètres de cheveux, et ça tenait une phalange de haut et ça retombait mollement…Alors plus tard en Angleterre j’avais rencontré des gars qui arrivaient à faire tenir leur longueur de cheveux tout droit sur leur tête. Et du haut de mes 15 ans j’avais été prendre une leçon de brushing : « euh how do you euh mayke it ? because you see i’ve got long hair euh so, you see… »

« yeah ! take some boatglue » « ah euh yes euh sinkyou » j’ai jamais osé, j’avais déjà pourri la salle de bain de ma tante avec de la mauvaise bière et pis la colle à bateau, je me suis dit que c’était un coup à s’arracher le scalp.

Le look -très inutile

Ma mère qui avait de la répartie, m’avait dit que j’étais bien conventionnelle de refuser de porter des bottes en caoutchouc (si pratiques quand y’a de la neige) moi qui revendiquait cette autonomie originale de look et de comportement.

bon j ai que 13 ans et kje m emmerde en allemagne, vers Bielefeld...mais on a déjà l'idée que j'men fous du look...

Conséquemment, je revendiquais un look hybride, de non appartenance à rien (conditionnée aussi par le budget fringues pas très prioritaire à la maison) : j’ai eu quand même un collier de chien, mais j’ai pas voulu niquer mes cheveux longs avec de la colle à bateau, je portais mes pulls troués, avec mes frocs à rayure heavy métal, mes lunettes rondes de Ghandi, mes baskets de tennisman. Je refusais tout ce qui pouvait m’intégrer pleinement à un groupe mais comme à Charleville tous les énervés réunis on était une centaine à tout casser, on allait pas me faire chier. Et non à la veste militaire RDA, non au perfecto, pas de coupe dégradée permanentée si chère au métal des années 80, -rappellez vous les coiffures de Motley Crüe- ni santiags, ni docs.

J’étais à la rue niveau look, mais j’assumais grave j’en avais rien à foutre.

Enfin, sauf les bottes en caoutchouc.

Les bars :

A Charleville, un bar pas loin du lycée nous abritait après –ou pendant- les cours. Le Gonzague.

Je traînais avec les hardos du coin à l’époque bénie de la sortie de Powerslave d’Iron Maiden, qui passait en boucle au Gonzague : trois titres dans le juke box, rythmaient  nos exercices au flipper.  « Aceeeesssssss haaaaaÏÏÏÏÏÏÏgh » et « Two minutes to miiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiidnight «

Les hardos du coin c’était une bande de crétins adolescents plein d’acné qui vénéraient des mecs à moto (les hells angels ardennais, vlà le programme) et qui traînaient plutôt à « la Route du rhum », un bar plus « adulte », avec des vrais moustachus à moto, qui écoutaient du rock sudiste en jouant au billard, et qui travaillaient déjà tous à l’usine ou dans des garages. Leur indépendance financière et leur « liberté » -tous les week ends ils allaient en Belgique et en Hollande- nous faisaient rêver.

Y’avait aussi un autre bar, plus classe, pub à vitreaux colorés, de l’extérieur on ne voit pas l’intérieur, qui a brûlé un jour ; alors les gens disaient que c’était la « mafia Nouzonnaise ».

Car Nouzonville c’était Chicago.

En fait c’était surtout déjà une zone sinistrée, où des usines avaient fermé laissant sur le carreau les trois quarts de sa population. (Bien avant Thome Génot, fonderie fermée récemment, les CRS étaient déjà au taquet pour virer une poignée de malheureux qui réclamaient un peu de thunes pour se barrer en dédommagement…)

Bref la mafia avait frappé et le bar mystérieux derrière la place Ducale avait brûlé. Mais on a jamais su vraiment pourquoi alors c’est resté dans la légende « la mafia nouzonnaise »… » ahah…« les porte flingue italiens »… « les maquereaux belges »… « les arabes sont dans le coup »…

WÄDE SHÖCKEN

Le groupe mythique.

Un hardos de Charlevillle en 86 connaissait forcément ce groupe et revendiquait obligatoirement être pote avec machin ou bidule de Wäde Shöcken, style « moi j’étais à la maternelle avec le bassiste »

Ce groupe avait comme projet de  jouer comme Iron Maiden, et si possible un jour, avec Iron Maiden. Bien sûr, le jour où ils se perdraient entre Paris et Frankfurt et atterriraient dans les Ardennes, ils proposeraient certainement d’occuper la soirée en animant le club musique de la MJC locale.

Mais revenons à Wäde Schöcken :

Un soir de concert à la MJC du centre ville, reste un souvenir magique pour moi, le bassiste est tombé amoureux de ma copine, quelle chance inouïe, il avait le pantalon de Steve Harris à rayures noires et blanches, et malgré son petit excès de poids et sa calvitie précoce, il nous semblait sublime.

 

Les manifs de 86

Wah ! avant qu’Assouline vienne fumer les projets de la LCR en guise de calumet de la paix avec Mitterrand le Mytho, on a fait des grèves d’enfer ; on allait chercher les élèves dans les ateliers du lycée technique, alors là c’était l’aventure pour les élèves de Sévigné (le lycée classique allemand anglais latin où j’étais naturellement) ; déjà on allait débaucher les mauvais garçons, en plus on allait sécher et en plus on argumentait ; on pétait les couilles à tout le monde on en avait plein la bouche mais on savait même plus bien de quoi retournait le décret Devaquet.

devaquet au piquet !

C’était un chouette exutoire on foutait rien et ça a été le début d’une grande période de vacances ; après on avait pas trop envie de retourner en cours.

 

 

TRUST

J’ai vu Trust quand ils se sont « reformés » pour la première fois en ?88 à Charleville dans une salle de concert genre le bataclan, c’était super on voyait tout bien, y’avait le son, on a bien rigolé ; j’ai pris des tas de photos,c’est pour toutes les fois où je ne suis pas allée à

nono

et berno

Vouziers au festival des hardeux, parce que ma tante flippait de retours hasardeux en voiture avec des conducteurs bourrés. Et elle avait raison.

Les potes

A Charleville, j’étais pote avec un branleur, genre bon élève insolent qui ricane tout le temps ; le fils du vendeur de moquette de la zone piétonne ; on aurait dit Tapie avant l’heure le daron. Eh ben le pote, après des études brillantes, il est devenu présentateur télé de foot sur Canal. Toujours avec sa tête de branleur et ses yeux en pine de coyotte…Ah, tu l’as reconnu ?

on dirait san fransisco mais en fait c'est Lyon...

J’étais pote avec un gars qui se trimballait un perfecto dans le dos duquel il était écrit Venom ; qui se trouvait être à l’époque ce qui existait de plus terrifiant dans le hard rock. Il me faisait des cassettes des premiers Metallica, de Venom et Slayer ; on aimait bien Motorhead quand même qui semblait étrangement bluesy après les énervés de Megadeth et du trash en général.

J’étais pote avec une fille –on est devenues sœurs du métal- qui écoutait presque les mêmes trucs que moi, en moins speed ; mais bon on allait à la pêche aux sapes débiles ensemble aux puces quand j’allais à Paris.

la brubne c'est ma pote Sis' Pat

J’étais pote avec des punks zones qui habitaient nulle part, et qui ne parlaient pas beaucoup parce qu’ils étaient toujours dans le jaja. J’aimais bien un gars qui se coupait les cheveux plus ou moins en crête, et qui hésitait entre les trucs de baba cool comme jouer des percussions, et brailler Gogol premier dans son propre foyer « j’encule ma mère j’encule mon père et j’encule ma grand-mère ». Un peu de textes ?

Enfant du rock

J’adorais cette émission, je me jetais dessus quand on a eu la télé, tout ce que disait Manœuvre était parole de prophète, je connaissais plein de détails inintéressants des biographies des Stones et de groupes idiots, je trouvais que journaliste rock était un métier pour moi.  (je faisais pas encore de musique, et j’envisageais pas encore de devenir rockstar).

Aussi, j’achetais Rock & Folk et je lisais frénétiquement les articles, mais avec une certaine réserve quant aux âneries débitées par la new wawe, synthé à la con et Madonna star phare vénérée pour « like a virgin aow. » ; et c’est resté j’aime toujours pas Madonna elle me gonfle avec sa provoc’ pour adolescentes moches.

Ce métier était pour moi, j’allais leur montrer.

Quand je venais à Paris chez ma tante en vacances, comme elle habitait rue de Douai, j’étais à deux pas de la rédaction. J’allais acheter des anciens journaux, et j’en profitais toujours pour demander si du haut de mes 15 piges je pourrais voir Philippe Manœuvre 5 minutes, pour qu’il me file de conseils de futur collègue. On me disait invariablement qu’il était pas là. C’est pas cool hein ? Ca l’aurait peut être fait marrer de consacrer 5 minutes à un futur descendant du gonzo journalisme. J’ai tenté aussi à Enfer magazine, mais là c’était purement hardrock, moins ouvert, moins funky.

Bon après j’ai appris qu’il fallait faire une école de journaliste, et comme l’école me faisait déjà super chier, j’ai décidé de faire des photos.

J’ai appris à planquer mon petit appareil dans mon slip, pour faire des photos de tous les concerts où je suis allée par la suite, mais j’ai finalement jamais cherché à les vendre, pensant que de toutes façons, c’était trop difficile d’arriver et de dire à l’accueil de rock & folk « hey les gars vous voulez des supers photos pour votre canard ? ». Par contre j’en ai un tas à vous montrer.

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