Fin de présentation des accusés 5 novembre

Aujourd’hui, on est en retard, mon voisin de devant me dit « c’est bon enfant, non ? on dirait pas qu’on a affaire à des terroristes. Z’avez vu les avocats là, ils rigolent avec les accusés…  » et ma voisine de derrière, une anglaise bilingue, costaude et tatouée bataclan (avec la date 11/13/21 -à l’anglaise à l’envers- des fois qu’on se rappelle plus) rigole avec sa voisine sur l’amateurisme de certains accusés entendus jusqu’ici, puis se ressaisit « … c’est des terroristes quand même! ».

13h30 l’audience reprend, on se lève. Le petit protocole avec la cour, le président qui dit « l;audience est reprise, vous pouvez vous asseoir ».

Ali Oulkadi né le 9/7/84 à Bruxelles de nationalité française, (parents algériens d’origine marocaine vers Nador).

Il est sous contrôle judiciaire, sorti de prison en 2018, avant deux ans à l’isolement en prison à Maubeuge. Il a un tee-shirt noir avec des montagnes « explore more » pas de barbe. C’est l’ainé de 5 enfants, trois frères et une petite sœur de 23 ans. Bon élève à l’école, fort en maths, il devient électricien, formation de soudeur, il travaille pour une boîte de sous-traitance du rail dans la signalisation; livraison, travaille à la STIB (RATP belge), fume un peu de shit le weekend, sa femme travaille… Comme il habite Molenbeek depuis 20013, il fréquente le café, et sympathise avec Brahim Abdeslam, avec qui il a des points communs, même bled au Maroc du coté de sa famille maternelle, même âge, même fratrie, il joue aux échecs aussi… Donc communique avec lui, jusqu’à lautomne 2015, ce qui n’était pas une bonne idée.

Questions partie civile : « on dit de vous que vous êtes intelligent mais naïf, ça va ensemble ? ça vous définit ? » il répond « ..je sais pas….ouais, euh, ça peut correspondre ».

Le vieil avocat (qui connait les berbères*) « vous vous considérez comme algérien ou marocain ? « … plutôt marocain, mes grands parents sont à Nador, plus d’attaches en Algérie. » « Et vos centres d’intérêt c’est quoi ?  » « le foot, la science, euh » … « pas de politique ? l’actualité ? » « non… »… « Vous avez un livre de chevet ? » (on le voit pas du tout venir) « je ne lis pas beaucoup »

*celui qui avait fait un sketch à propos de amazigh « qui veut dire libre et le sens de la liberté selon vous qui êtes berbère ». (!!!)

Très stressé, il voit un psy beaucoup, il termine par les victimes auxquelles il pense beaucoup et dit « la plupart d’entre elles n’ont pas de haine, je n’oublierai jamais ».

Farid Karkach est né le 4/8/82 au Maroc. Il est belgo marocain.

Petites lunettes carrées, queue de cheval courte, bouc bien rasé… Il parle volontiers avec des tas de détails et fait rigoler les gens ; il se définit lui même comme « Farid la poisse ».

En effet : il est le cadet d’une famille de dix enfants, presque tous au Maroc sauf deux sœurs en Hollande, et Mourad né en 77, son frère le plus proche qui vit à Bruxelles. Bon parcours scolaire au Maroc, il développe une commerce informatique de réparation, vente à Oujda dans les années 2000. Et rajoute les jeux vidéos, le café-internet… Sa première femme, Gaëlle n’est pas très sympa, car à la question des enquêteurs « pensez-vous qu’il puisse être terroriste » et alors qu’il est dans un quartier de haute sécurité, cette salope répond « oui au regard de la médiatisation, ça peut être un criminel ». (ça ne veut rien dire, et sinon, elle aurait pu s’abstenir.)

En 2003, son frère Mourad (qui vit en Belgique) vient les voir au Maroc avec une amie, qui devient sa première femme, et il emménage à Bruxelles. Deux ans de vie commune et séparation, il enchaîne les petits boulots, passe des nuits à la rue. Il fait un jeu de mot pourri à ce sujet « de Sans Difficulté Financière, je suis passé à Sans Domicile Fixe » il essaie de nous attendrir, et ça marche assez bien.

Enchaîne les boulots, nettoyage technicien à SIEMENS, intérim à la Poste, au tri en facteur, livraison, et il se lance dans un commerce de transport de sacs non accompagnés au Maroc. ça marche pas mal, mais il tombe un jour sur un douanier espagnol qui saisit la marchandise, il a 20 000 euros de dettes à ses clients…Il se refait en achetant/vendant des voitures, et se fait payer 10 000 euros par un ivoirien en fausse monnaie… (on commence à douter) recommence au Maroc dans le commerce de son père puis retravaille dans l’import-export, mais se fait tout voler encore…tente d’entrer dans la police belge, mais défaut de nationalité.. Au milieu de tout ça, sa sœur a un cancer, son père parkinson au Maroc, c’est bon vous versez une larme là, non ? Donc normal, il a besoin d’argent et se lance dans les faux-papiers, il comparaît ici car c’est lui qui a bidouillé et transmis les faux-papiers, des écoutes téléphoniques le prouvent.

Il ne connait personne ici parmi les accusés,(ceci corrobore la version de Bakkali, pour rappel « qu’est-ce qu’il fait là Karkach? ») monte un petit garage et à ce moment là rencontre Jamal Bakraoui, (pas de pot) et se met à faire des faux papiers entre deux dépressions.

Depuis la prison en 2016, à l’isolement aussi, il somatise, pelade, psychotropes, il a des T.O.Cs, il dit « je suis Monk » (en référence à la série où un détective autiste amuse la galerie.)

Tout le monde dit qu’il est sympa, la voisine, la boulangère. Oui, peut-être, la défense fait projeter une photo avec son bébé prématuré dans les bras à la naissance, il en profite « je n’oublierai jamais ce que la Belgique a fait pour moi, sauver mon bébé né 3 mois avant, les infirmières on voyait de l’amour… » et compare avec le Maroc : « je suis allé à l’hôpital me faire recoudre à 11 ans, ils m’ont dit d’aller acheter le fil, wesh, je suis pas venu coudre un pantalon! »

Il conclut « … je n’en veux pas aux parties civiles, ce qui leur est arrivé c’est pire que le sida, que le corona. » (encore heureux qu’il nous en veuille pas). Il s’était « exprimé sincèrement » lorsqu’il a apporté son soutien moral aux victimes le mois dernier, en pleine séance.

Ali Assufi el Haddad est né le 3/12/84 à Berchem Ste Agathe

Cadet de quatre enfants de père marocain originaire de Tanger, ils vivent une enfance heureuse à Schaerbeck dans une maison. Il a une bonne tête bien ronde, parle calmement. Il a arrêté les études avant le bac, est devenu chauffeur livreur, livraison de plateaux repas.

D’abord à l’isolement, puis en détention « ordinaire », il est accusé de connaître très bien Brahim Bakroui avec qui il était à l’école, (Khalid Bakraoui, c’est pas son copain, il est bagarreur, impulsif) et d’avoir traîné dans son adolescence avec lui. D’avoir été en Italie avec Attar, et d’avoir voyagé en Egypte en 2008 dix jours avec Brahim Bakraoui et Lachraoui.

Il était avec Brahim Bakraoui juste avant qu’il se fasse sauter dans les attentas de Bruxelles de mars 2016, et dit « on ne se doutait de rien, on a fait comme d’habitude, normal ». Le souci, c’est qu’on a retrouvé une clé USB dans sa maison appartenant à Ibrahim Bakraoui, contenant son testament, des trucs de l’état islamique, etc…

Et aussi qu’on sait qu’il est allé en voiture à Roissy avec Abdeslam et Khalid Bakraoui (qu’il n’aime pas).

???

Il est le chouchou de la famille, le plus petit, il aidait beaucoup sa maman, qui, pour le protéger elle lui a menti, à son incarcération, elle était à l’hôpital, elle a dit qu’elle était au Maroc.

Il souffre de l’isolement, dit que ça rend fou, qu’on parle aux objets, qu’on « ne sait rien faire » (expression belge). Un avocat lui demande « vous êtes leader ou suiveur ?  » (pas le choix hein, t’es l’un ou l’autre) il répond doucement « je n’impose rien ».

Ahmed Dahmani (ouh merde, j’ai un pote qui s’appelle Dahmani)

Il est absent car en prison en Turquie, c’est le président qui nous le présente ainsi :

Né le 13/4/89 au Maroc, belgo marocain vivant à Molenbeek.

Trois enfants, il est le cadet, sa mère meurt quand il a six ans. Son père se remarie. Son grand frère est salafiste. -ça commence bien-Commence à travailler à 18 ans, dans l’intérim, puis est allocataire du chômage.

C’est un très bon ami de Salah Abdeslam, ils regardent les vidéos de l’état islamique ensemble au café. Ils sont probablement allés chercher Ibrahim Bakraoui en Grèce en août 2015.

Habitué des casinos, fumeur et dealer, habitué des prisons… Vols de voitures, trafic d’héroïne, recels, violences…

Comme il était en relation téléphonique le 14 novembre, avec Hasna Aït Boulhacen qui cherchait à faire évacuer Abaaoud de Paris, il s’est fait arrêté en Turquie le 16 novembre 2015. Condamné à 10 ans de prison là bas.

Voilà pour les accusés dans ce procès, dits de la « cellule » du 13 novembre. Mais des autres gens mêlés au terrorisme et qui étaient dans cette nébuleuse de l’état islamique figurent dans le dossier, il y’en a encore plein , (qui connaissent Némouche Merah, par exemple) mais ne seront pas cités dans ce procès.

Voilà, à ce stade, je commence à départager les accusés entre ceux qui étaient vraiment terroristes convaincus de l’état islamique, qui sont allés en Syrie, ont fait des choses très violentes, ont des attitudes désinvoltes ou cyniques, et les autres malchanceux ou mal accompagnés, trop serviables, ou naïfs, et qui insistent beaucoup sur l’état dépressif qui vous gagne en isolement.

Je reviendrai plus tard au procès, quand les familles des accusés témoignent, début décembre, la partie religieuse, début janvier, et aussi quand on abordera les faits, début février.

En attendant je vais relire « surveiller et punir » de Michel Foucault.

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