Procès 13/11: les accusés et la religion

Après une interruption d’une semaine, cause Covid, (Abdeslam était là mardi dernier, bien que positif, et bien malade, mais pas contagieux, ( ???) mais finalement on a interrompu quand même le procès.

Cette semaine, nous interrogeons les accusés au sujet de leur relation à la religion, de leur radicalisation.

Reprise Mardi 11 janvier :

Et voici Abrini.

(Attrapé dans le métro, l’homme au chapeau, de retour de Zaventem est interpellé en mars 2016 et comparaît ici pour collaboration à la cellule des attentats).

Il connait pas mal d’accusés, soit des voisins ou connaissances de Molenbeek, (fief islamique, avec mosquée malfaisante) ou lorsque qu’il est allé en Syrie, il rencontre tout le monde.

Lorsque Périès lui explique ce qu’on attend de lui, « vous vous êtes radicalisé à l’automne 2014 en prison », il se dépêche de dire « ? radicalisé ? je pratique un islam rigoriste mais je ne suis pas radicalisé »

Et à propos de la charia, « y’a un tas de pays qui le fait, c’est la loi divine, elle est au-dessus des hommes, et si j’avais le choix aujourd’hui, j’irai vivre dans un pays islamique » et … « mais des états islamiques ça a toujours existé »…

Au sujet des exactions de l’E.I Abrini justifie « vous aussi vous avez coupé la tête de vos rois »…et quant aux viols sur les femmes yézidies, « c’est peut être une politique de natalité , ( !!!waaaaa !) et puis les viols, ça a toujours existé comme arme de guerre » (tiens oui c’est vrai).

Au sujet de son départ en Syrie, il y est allé à sa sortie de prison sur les traces de son jeune frère, combattant de l’Etat islamique, mort à la guerre. Il a appris la mort de son jeune frère en prison, et a commencé à « réfléchir ». (Vraisemblablement, c’est là que ça a commencé l’attrait pour la religion et la Syrie).

Périès dit « le souci, c’est que votre petit frère s’était engagé du mauvais côté, pas avec le peuple contre Bachar… » Abrini répond « …non mais parce que là bas, ils voulaient mettre une démocratie à la place de Bachar »… Périès, « ben, c’était pas bien ça ? »

Abrini répond « euh si mais euh… »

Et alors qu’il a l’air un peu débordé et qu’on commence à le prendre pour un gros crétin, il dit « tenez y’a l’Arabie saoudite par exemple, bon ben là personne ne trouve rien à dire, je crois même que vous leur vendez des armes, bon ben, là bas aussi ils appliquent la charia et lapident des femmes ». Voilà qui a provoqué une minute de silence intégral.

Voici le moment des avocats de partie civile, (dont j’ai déjà dit que c’est rarement productif). « … vous condamnez ou pas les agissements de l’état islamique ?  » sans surprise « non »

Puis …la différence avec l’islam pratiqué par les parents « même islam, autre époque, ils comprennent rien mes parents, ça a changé ! » et autre question, -non constats- pas très pertinents des avocats de partie civile comme « …gnagna… islam veut dire soumission, (bien, il a lu Houellbecq) vous n’avez pas échangé avec vos parents à ce sujet ? (ouioui, bien sûr, on se met à table à l’heure du thé en famille et on échange) c’est vraiment un autre monde, on dirait Marie Antoinette…

On monte en pression lorsque Maktouf (encore elle) insiste « nous voulons savoir si vous avez lu des livres, lesquels, nous voulons comprendre si vous êtes un savant ou un imposteur ? »

Alors là Abrini s’énerve : « je vous réponds à aucune de vos questions, parce que vous me dégoutez. »

Périès « oh c’est pas très bien, une facette de votre personnalité qui ne va pas jouer en votre faveur » Abrini dit « je suis désolé mais ça me casse les couilles »,  Maktouf se drape dans une attitude à la « je sors comme un prince » en disant, « eh bien je suis fière d’être considérée comme une apostate ! ».

Bref c’est la foire à la saucisse (hein Anne ?)

Abrini ne désavoue pas, dit quand même qu’il n’aime pas les viols et que c’est pour ça qu’il préfère parler de politique de natalité, qu’il comprend les réactions parce que « là-bas aussi y’a des constatations » et conclut en agitant la main, « en tous cas, cette main-là n’a rien tué et ce cerveau-là n’a rien commandité. » Pour le cerveau y’a pas trop de doutes.

Ensuite c’est long, d’autres fausses questions puis « avez-vous quelque chose à dire aux victimes ? » Abrini « je sais pas c’est compliqué, je m’attendais pas à ça, c’est vraiment triste, ils sont deux fois victimes de la politique de la Franceet de l’état islamique… d’ailleurs vous devriez manifester contre la politique étrangère plutôt que pour le pouvoir d’achat… « est ce que vous condamnez ? «  définitivement « non », et nouvelle lueur d’intelligence « la vraie question, c’est on fait quoi pour éviter que ça se reproduise ? ».

Puis les avocats de la défense essaient de sauver les fesses de leur client : celui d’Amri (le gars qui a été au casino avec Abdeslam, et qui a traîné un peu aux Béguines) « vous avez dit qu’Amri est loin de tout ça, pouvez-vous confirmer ? » « ah oui Amri n’a pas de pratique religieuse il a rendu un service qui lui a coûté cher ».

Avocat d’Abdeslam : « pouvez-vous confirmer que c’est Brahim qui entraîne Salah, qu’il n’est pas prosélyte, qu’il n’a aucun rôle aux Beguines » « oui c’est vrai, il faisait rien que son boulot, mais les béguines c’est juste un petit bar de quartier, y’a 4 tables…y’avait pas de séances de visionnages des trucs islamiques prévues, y’avait un ordinateur PC que chacun utilise… c’était pas un lieu de conspiration »

Avocat de Chouaa « on dit que Chouaa n’est pas très religieux, vous avez dit Chouaa qu’est-ce-qu’il fout là ? »

« oui c’est mon pote depuis 2005 on traîne, on va en boîte, on voyage France Hollande Allemagne…lui c’est les femmes pas la religion ».

Avocat d’Abrini « votre pratique totale de l’islam est postérieure aux attentas, non ? »

« Oui, j’ai compris des choses , mais adhérer à l’état islamique c’est pas commettre un attentat, je suis fatigué, je ne suis pas capable de commettre un attentat. »

Et en effet, il est revenu vivant de Zaventem.

Alors Columbo ?

Mercredi, j’ai séché, j’avais galette des rois, miam !

Jeudi,  13 janvier, le mystérieux  Krayem

Il est le gars qui apparaît en premier plan d’une atroce vidéo de l’E.I, dans laquelle le pilote jordanien est brûlé vif dans une cage.

Il a annoncé qu’il ne dirait rien. Car « ce procès est une illusion » dit-il.

Arrivé en Syrie en août 2014, avec une vocation humanitaire, puis assez vite guerrière, il est considéré comme un cadre de L’E.I. Il a rencontré toute la bande sur place, Akrouh et Lachraoui arrivés en février 2013, Ammimour décembre 2013, Abaoud, Bakraoui, 2014, et ceux de 2015, Ayari, Abdeslam, Hadfi, Haddadi, et Abrini juillet 2015.

Krayem loge avec un chef, al Abdani.

Ils reviennent tous en septembre 2015, la plupart pour faire martyrs et Krayem ? Quelle implication dans les attentats ?

Ses motivations pourraient être revoir sa famille dont il est proche, ou une divergence avec l’E.I au sujet d’un ami, une personne savante considérée comme mécréante… « on aurait aimé savoir » dit Périès, mais Krayem regarde en bas et ne répond rien. (Des journaux parlent de son silence glaçant, je vois pas bien ce qui est glaçant).

Le retour en Europe n’est pas simple, ils passent tous avec les migrants, en payant des passeurs. Même chemin utilisé par tous les petits groupes de futurs terroristes, via Gaziantep, Izmir, les barquasses à 50 personnes, l’arrivée à Léros, ou à côté, les contrôles et le retour en voiture Grèce/ Belgique.

L’avocat général demande quel rôle il joue à l’E.I, Quelle fonction ? Général ? quelle implication dans les exécutions ? Rien.

Son avocate belge blond platine, (on dirait Annie Lenox  de Eurythmics) parle d’une précision linguistique « transléte le suédois, il n’a pas dit j’irai (faire le terro en Iraq), mais si ça arrive ce sera en Iraq. »

En fait, ça sert à insister sur le fait qu’il n’était pas complètement décidé à se faire exploser.

Ensuite on a écouté un témoin, à la demande de Krayem, son prof en prison de mars 2017 à juin 2021 date de son transfert en France.

Au début, je suis agacée, il est bénévole (ex prof de maths) et ne connaît rien au Français pour étrangers, il lui montre l’Oreille cassée de Tintin, et enchaîne avec Argh ! le petit prince. (les mauvais profs ne connaissent que ce foutu bouquin).

Mais au fur et à mesure, il a l’air tout à fait sympathique, touchant, et dit qu’il a eu le temps d’établir une vraie relation de confiance avec Krayem, qui se montre calme, d’humeur modérée, bon élève assidu…

Ils ont échangé suffisammentpour qu’il reprenne les paroles d’un maton « krayem fait preuve d’humanité » ce qui fait bien ricaner dans la salle d’audience.

Un avocat des parties civiles attaque « comment vous pouvez dire ça compte-tenu de son appartenance à un organe de combat le plus cruel ? »

Le prof répond « ce ne sont pas mes propos, ceux d’un surveillant,  mais on ne peut que constater son attachement à sa famille, sa parole tenue, ses engagements, après je ne m’explique pas le lien…je dis humblement qu’il y a une lueur d’espoir »

Périès vole à son secours, s’adresse à l’avocat «on ne demande pas une expertise psychologique, on écoute un témoin ».

Un autre avocat chipote à propos d’une traduction qu’avait demandé Krayem, des mots confesser avouer, et demande au pauvre témoin s’il ya un lien religieux ? »

« … » Périès rigolo, dit « vous avez trois heures.

Le prof termine « si on veut faire de la démocratie, il faut parler alors… »

Un autre témoin vient raconter la traversée en bateau. C’est un tunisien arrivé en Turquie clandestinement. Depuis, il vit  à Paris 19ème.

Il a pris le même bateau que Krayem et Ayari depuis Izmir… a reçu l’aide de Krayem pour récupérer de l’argent de son frère.

Pour terminer la journée avec Krayem, Périès lit les dépositions de son frère et de sa sœur qui disent tous deux, que leur frère est un bon gars gentil respectueux, jamais dans les embrouilles.

Sauf la dernière, qui en est une sacrée.

Vendredi 14 janvier Adel Hadadi

Un algérien parti en Syrie, revenu sur le bateau avec les 2 terroristes irakiens du stade, et arrêtés en compagnie d’Usman en Autriche.

Il est arrivé en Syrie en février 2015.

Pas très religieux, sans avenir en Algérie, il trouve que c’est une bonne idée, la Syrie, pour donner un sens à sa vie.

Il reste quatre mois dans une maison avec d’autres néo-arrivés (russes kazakhs), et fait de l’entraînement aux armes et de la religion.

Attend beaucoup, d’être choisi pour une mission, ce qui arrive enfin, en avril 2015 il part pour Raqqa avec d’autres, devient officiellement « Abu Wassem » et fait la cuisine pour tout le monde. N’a jamais participé aux exécutions.

Puis, un saoudien chef l’envoie en France avec trois autres, « pour remplacer un kamikaze en France ». Il accepte et dit maintenant que « c’était simplement une porte de sortie de cet enfer, (celui qui refuse, l’émir le fait tuer) je refusais dans ma tête, j’étais serviable »

Le président dit « …être serviable et commettre un attentat, c’est pas tout à fait pareil. » … 

… « pour le départ il m’a donné un téléphone, une carte, de l’argent, des faux passeports on a fait 10h de voiture Gaziantep Izmir, et donné l’argent au passeur, 1100 dollars par personne »

Périès dit « ah ça rapporte effectivement ! »

Puis après le bateau chacun fait ce qu’il peut avec les autres migrants, et « on s’est fait stopper en Autriche à cause de la langue »

Puis par visio, un témoin de Hadadi, son frère algérien en direct de la cour d’Alger.

Un moment folklorique.

Le témoin ne dit pas grand-chose, sauf que « son petit frère sans avenir en Algérie, a menti à sa mère, lui a fait croire qu’il allait travailler au Sahara, et est parti en Turquie à la place. Et bien sûr, c’est un gentil garçon, qui vend des oiseaux, des chardonnerets que les acheteurs mettent en cage. (pratique locale) »

Le moment stratosphérique, c’est lorsque la traductrice du palais de Paris, est intervenue pour écarter (voir humilier)  le traducteur d’Alger.

La cour d’Alger, c’est sûr à côté de nous ça fait amateur, ils sont sur des chaises pliantes dans ? un gymnase ? le personnel de la cour d’Alger on dirait des étudiants, ils griffonnent des trucs sur des  bloc-notes sur leur genoux, l’accusé est en claquette survet’ béret, le traducteur à côté de lui a eu le malheur de lui parler un chouia en français.

Petit point linguistique, -faut bien que mes études servent à quelque-chose- : à Alger on parle un arabe mélangé de français, de kabyle, c’est pas l’arabe classique de la traductrice qui se la raconte princesse avec son arabe impeccable (pour les rebeus que je connais, tu vois elle utilise wahidun, pas wahd).

Donc, elle est intervenue lorsque le traducteur d’Alger a demandé quelque chose à son client avec du français dedans, en disant toute énervée « ah mais c’est un traducteur ? nononon c’est du français ce qu’il dit, si vous permettez Monsieur le président je prends en charge la traduction ! » ça a cafouillé un peu et puis oui, c’est ce qui s’est passé, laissant de côté le pauvre gars qui traduisait à Alger de côté. Si c’est pas méprisant ça ! salope.

Alors en fin de compte l’énervée de Paris posait ses questions en fosha (c’est comme ça que ça s’appelle en arabe classe) et le traducteur du bled chuchotait des trucs au Monsieur, et le Monsieur répondait, et la traductrice Princess’ retraduisait avec hésitations toutefois puisque comme je l’indiquais, c’est pas exactement la même chose.

Un grand moment, on a mis une heure à savoir que le fameux Adel Hadadi est un gars normal même pas trop religieux, et que sa mère ne témoignera pas car un récent AVC l’a paralysée du côté droit.

Ensuite une journaliste de France 24 m’a interviewée et je n’ai pas eu le courage de repasser les contrôles pour assister à une nouvelle prestation agressive.

Normalement ça reprend mardi 19, mais je me demande, j’ai lu dans le journal qu’Ayari ? non c’est Asufi (tous les noms sont en A) est covidé. (c’est pas celui qui était juste à côté d’Abdeslam non-contagieux ?) peut-être que non, je suis mal intentionnée.

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