Défense des accusés

Voici venu le temps de la défense des accusés 

Ils sont quatorze dans le box ; avec des peines lourdes requises par les avocats généraux allant de 5/10/15/30 ans de prison. On a déjà dit que chacun a agi ou pas à des niveaux très divers d’implication. On le redit, car j’entends encore des gens qui me disent, «  ah t’es au procès c’est pas trop dur ? » (non au contraire très intéressant), puis sans écouter la réponse « ah moi je suis pour la peine plancher hein, pas de quartier, faut payer et cher». (Très bien oui, payer quoi ?)

Cette semaine, ce sont les taxis, copains qui rendent service, location d’apparts et dépannages en tous genre.

Pour les petites mains qui comparaissent libres et dont la culpabilité a été sérieusement  mise en doute, les avocats s’évertuent à demander un acquittement.

Lundi 13 juin -d’après une compilation de journaux-

La défense d’ Attou, et d’Oulkadi, ils encourent 6 ans de prison ferme. Leurs avocats demandent leur acquittement.

Attou, qui est parti chercher Abdeslam à Paris avec Amri dans la nuit. La défense met en avant « son jeune âge (21 ans à l’époque) son alcoolisme, et sa dépendance au shit. Naïf gentil, il rend service à un aîné en qui il a confiance. »

La défense d’Oulkadi, insiste sur le fait qu’il est choqué d’apprendre la mort de son ami Brahim Abdeslam dans les attentats, par Salah dans la voiture qui les amène à Schaerbeek. Il est un ami de Brahim Abdeslam, et conduit Salah Abdeslam dans une planque  à Schaerbeek à son retour à Bruxelles.

La défense développe sur le fait qu’il n’était pas du tout au courant. Et on croit volontiers qu’il était juste l’ami d’un mec qui vrille tout d’un coup.

Mardi 14 juin :

Chouaa qui a emmené son ami Abrini à l’aéroport de Zaventem pour se rendre en Turquie croit-il (en fait c’est en Syrie). Il ne savait rien au sujet de la radicalisation de ce dernier.

Mais il l’avait dénoncé finalement, pour être parti en Syrie en juin 2015. Et ça aurait dû servir à remonter la cellule dans l’enquête, et aurait évité les attentats, ce qui est une bonne raison d’acquitter Chouaa.

Amri est celui qui est allé chercher Abdeslam à Paris avec le jeune Attou. Il est très bien défendu par Nogueras et Haeri.

Ils plaident la non perception du danger, de la radicalisation, il a loué des voitures et rendu des services à des amis dont il ignorait tout ; puis l’état de sidération (alors qu’il apprend que Salah et Brahim étaient dans le commando), l’a empêché de dénoncer Abdeslam.

Nogueras dit : « l’amour de l’humanité doit vous faire réfléchir. Je vous demande de l’acquitter, pensez-y. »

Mercredi 15 juin

Aujourd’hui on juge les deux gars arrêtés en Autriche en décembre 2015, en cours de rapatriement vers l’Europe dans un flux de migrants.

Usman le pakistanais, a beaucoup évolué dans son parcours de dévot musulman, de jeune étudiant en madrasa, où le libre arbitre n’existe pas, et selon ses avocats, il s’est ouvert à la liberté de penser par lui-même.

Maître Huylebrouck appuie la défense sur le conditionnel de ses actions violentes, peut être imaginées mais jamais réalisées : « on juge quoi ? pas de passage à l’acte, le conditionnel est de mise, il aurait pu, il aurait du… » il propose de tenir compte qu’aucun contact n’existe avec la « cellule belge ».

 «La lumière aurait pu dans son cas fendre les ténèbres…  il avait peur de l’étranger qu’il ne connaissait pas, comme on a peur des fantômes… puis arrêté à Vienne il a été peut-être touché par la grâce de Mozart… » bref il a bien évolué.

Et enfin « C’est parce qu’on est au milieu du gué qu’on doit l’être aussi au niveau des peines ».

Le troisième avocat enfonce le clou : « en ayant encore rien fait, il a commencé par 4 ans de prison ferme et à l’isolement. »

Voici le tour de l’Algérien Haddadi

Son premier avocat insiste sur le fait qu’il a toujours coopéré, qu’il s’est retrouvé en Syrie par goût de l’aventure, puis pris dans les filets de l’état islamique.

Puis il a profité de l’occasion pour partir en Europe, lorsque l’EI l’a envoyé en mission, en vue d’un projet dont il n’a pas encore connaissance. D’après ce qu’il avait dit pendant son témoignage, c’était l’occasion de fuir.

Le second avocat Maître Dordilly, rappelle que le QER, Quartier d’Examen ( ?) de la Radicalisation avait dit à son sujet qu’il n’était ni violent, ni dangereux. Que les critères de jugement dont on doit tenir compte, sont sa personnalité, sa coopération, sa dénonciation.

Jeudi 16 juin

C’est au tour de Karkach qui a bidouillé des papiers. Il pensait naïvement que ça servirait pour aider des réfugiés syriens…et pour avoir de l’argent pour envoyer au bled à sa mère malade.

Son avocate Lefrancq, nous rappelle à sa condition de père de famille gentil, qui n’aurait pas pu agir en connaissance de cause –violente- et ne peut être condamné pour association de malfaiteurs terroristes.

Son autre avocate, rappelle qu’il a déjà fait cinq ans et demi de provisoire, c’est déjà trop.

N’est-ce pas ? pour moi c’est trop tout, en plus je suis un peu claustrophobe,  il faut s’imaginer dans une cellule de 9 mètres carrés…d’ailleurs les accusés avaient très bien expliqué la folie générée par l’isolement, pas de bruit, pas d’échanges, pas de vraie lumière, très peu de visites.

Alors, peut-on transformer sa peine pour faux et complicité ? demande ses avocates… auquel cas, il a déjà payé bien cher.

Vendredi 17 juin

Ali el Hadad Asufi encourt 16 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste. On dit qu’il était en relation avec des hollandais pour acheter des armes.

Ami d’enfance d’Ibrahim Bakhraoui, pas de bol, (explosé à l’aéroport de Bruxelles) il est l’auteur de textos échangés avec ce dernier, « t’en veux combien de kilos ? «  or, dit son avocat belge marrant, Maître de Taye, « un kilo de frites peut-être, j’ai jamais vu qu’on vend des armes au kilo… »

Textos et rencontres avec Ibrahim Bakhraoui. « Sa condamnation pour les armes ce sont des armes de catégorie 4, couteaux pistolets à bille, arbalète »… il enchaîne « j’ai réussi à convaincre le parquet que Monsieur Hadadi el Asufi est un trafiquant de stups, j’aurais pu être au parquet, je vais songer à me reconvertir ». Il démonte l’enquête belge en disant que les choses n’ont pas été approfondies, en se moquant d’un prétendu trafiquant d’armes à vélo entre autres.

Puis il démontre avec un simple texto, « mais t’es où ? » sans nouvelles delui, qu’Hadad el Asufi ignorait tout de la radicalisation de son ami.

Il l’avait accompagné à l’aéroport pour, croyait-il la Turquie, d’où il n’avait plus de nouvelles de Bakhraoui passé sans le prévenir en Syrie. S’il sait que son ami va à l’état islamique, il n’a pas de raison de se poser des questions.

Suit une splendide plaidoirie de Maître Menya Arab Tigrine.

Elle montre avec finesse que tous les barbus avec qamis religieux relous, ne sont heureusement pas des terroristes, que « des esprits bornés y’en a plein les campagnes et plein chaque religion » il n’existe pas de signes évidents de la radicalisation des terroristes en général, et pas dans le cas des fréquentations des accusés présents ici. Il s’en est rendu compte sur la fin de l’été 2015 et a coupé les ponts avec son ami Bakhraoui par ce texto « je ne peux plus rien pour toi ».

« …Ali Hadad el Asufi n’est pas du tout du tout du tout radicalisé mais trop proche d’un monstre ».

Et elle termine magistralement par « la mémoire pour exister n’a pas besoin de la drogue d’un procès » et encore mieux : « rangez ces religions au placard et jugez ».

Le dernier de la journée propose de tamiser dans le tas de déclarations et de voir ce qui reste à charge :

  • avoir conduit Ibrahim Bakhraoui à l’aéroport pour initialement la Turquie
  • être allé avec lui à Athènes en juillet 2015 sans y rester
  • lui avoir loué un appartement en septembre 2015
  • l’avoir fréquenté en novembre 2015

et demande à la cour de se remettre à la hauteur de son client.

Et conclut par « on ne rentrera pas dans l’histoire, on aura juste fait notre boulot. Acquittez-le. »

Eh bien voilà une semaine avec des accusés finalement accusés d’avoir fréquenté les mauvaises personnes au très mauvais moment. Ils ont l’air d’être défendables, et pourtant ça a l’air déjà bien difficile.

Cette semaine, c’était déjà des plaidoiries brillantes.

La semaine prochaine nous promet un beau feu d’artifice, vu nos accusés indéfendables qu’il reste et que sont Atar, Bakkali, Abdeslam, Krayem, Ayari, Abrini.

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