Charlecity

 

CHARLECITY

J’ai habité deux années avec ma tante à Charleville :

Djamila, Rimbaud et moi et de la valstar époque très rockandroll j’avais 16 et 17 ans.

 

Les usines de Charleville…

très UK

Les usines de Charleville, c’est là où on séchait les cours les après midi de soleil ardennais. On remontait la voie ferrée jusqu’aux anciens abattoirs et là y’avait 500 hectares en friche d’usines désaffectées, super terrain de jeux pour ados en manque de conneries, vaguement habitées par des  jeunes zonards plus ou moins propres et intelligents.

Un mec charismatique –parce que « adulte », en tous cas indépendant- se faisait appeler Poubelle et baladait un rat blanc plutôt malin qui aimait bien boire à la canette, ce qui ajoutait au mystérieux charisme de son propriétaire, qui zonait entre la gare et les usines. Y’avait une petite bande de mecs avec deux nanas, tous plus ou moins malins qui écumaient les concerts, et qui me fascinaient. On a jamais rien fait d’intelligent à part de picoler ensemble la bière la moins chère, en écoutant un vieux poste à cassette qui braillait Gogol et les Bérus  dans les débris d’usines au milieu des machines rouillées ; pour être plus de dix, on traînait avec les psychos qui écoutaient les Cramps, et qui prenaient la pose avec leurs jeans remontés et leurs docks rouges pourraves et cette attirance kitsch pour Londres qui nous dépassait,

les potes -y en a un qui aimait Phil Lynott de Thin Lizzy-

nous les ploucs belges ; alors on faisait des paris à la con d’ados : on traversait le pont de la voie ferrée en même temps que les trains, on dégommait les carreaux restants des verrières des usines, on traversait (pas moi) la Meuse à la nage ; mais personne n’est jamais allé à l’hosto ni ne s’est jamais fait mal dans les paris et les bastons de concert. Pourtant, un jour, y’en a un qui est tombé raide défoncé en cours de français à cause du trichloéthylène, la dope des ados fils d’ouvriers au chômage. Le shit belge ça les endormait, et le reste c’était trop cher. Alors sniffer un vieux chiffon c’était à notre portée. Plusieurs ont persisté…

Par exemple, Poubelle est mort avant ses 24 ans, de surconsommation de produits pas chers -donc frelatés- et d’alcools bas de gamme. Il avait pas une bonne santé.

La coiffure à la bière ou la colle à bateau -très ratée

Mes potes de Charleville ils avaient tous les cheveux tout droit sur la tête, pas très long mais bien 10 centimètres. Et ils m’avaient dit de faire tenir tête en bas dans la douche avec de la bière. Allons y, je me jette deux litres de Valstar (qualité oblige) sur la tronche et je sèche méticuleusement la tête en bas. Ca n’a jamais tenu : j’avais 40 centimètres de cheveux, et ça tenait une phalange de haut et ça retombait mollement…Alors plus tard en Angleterre j’avais rencontré des gars qui arrivaient à faire tenir leur longueur de cheveux tout droit sur leur tête. Et du haut de mes 15 ans j’avais été prendre une leçon de brushing : « euh how do you euh mayke it ? because you see i’ve got long hair euh so, you see… »

« yeah ! take some boatglue » « ah euh yes euh sinkyou » j’ai jamais osé, j’avais déjà pourri la salle de bain de ma tante avec de la mauvaise bière et pis la colle à bateau, je me suis dit que c’était un coup à s’arracher le scalp.

Le look -très inutile

Ma mère qui avait de la répartie, m’avait dit que j’étais bien conventionnelle de refuser de porter des bottes en caoutchouc (si pratiques quand y’a de la neige) moi qui revendiquait cette autonomie originale de look et de comportement.

bon j ai que 13 ans et kje m emmerde en allemagne, vers Bielefeld...mais on a déjà l'idée que j'men fous du look...

Conséquemment, je revendiquais un look hybride, de non appartenance à rien (conditionnée aussi par le budget fringues pas très prioritaire à la maison) : j’ai eu quand même un collier de chien, mais j’ai pas voulu niquer mes cheveux longs avec de la colle à bateau, je portais mes pulls troués, avec mes frocs à rayure heavy métal, mes lunettes rondes de Ghandi, mes baskets de tennisman. Je refusais tout ce qui pouvait m’intégrer pleinement à un groupe mais comme à Charleville tous les énervés réunis on était une centaine à tout casser, on allait pas me faire chier. Et non à la veste militaire RDA, non au perfecto, pas de coupe dégradée permanentée si chère au métal des années 80, -rappellez vous les coiffures de Motley Crüe- ni santiags, ni docs.

J’étais à la rue niveau look, mais j’assumais grave j’en avais rien à foutre.

Enfin, sauf les bottes en caoutchouc.

Les bars :

A Charleville, un bar pas loin du lycée nous abritait après –ou pendant- les cours. Le Gonzague.

Je traînais avec les hardos du coin à l’époque bénie de la sortie de Powerslave d’Iron Maiden, qui passait en boucle au Gonzague : trois titres dans le juke box, rythmaient  nos exercices au flipper.  « Aceeeesssssss haaaaaÏÏÏÏÏÏÏgh » et « Two minutes to miiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiidnight «

Les hardos du coin c’était une bande de crétins adolescents plein d’acné qui vénéraient des mecs à moto (les hells angels ardennais, vlà le programme) et qui traînaient plutôt à « la Route du rhum », un bar plus « adulte », avec des vrais moustachus à moto, qui écoutaient du rock sudiste en jouant au billard, et qui travaillaient déjà tous à l’usine ou dans des garages. Leur indépendance financière et leur « liberté » -tous les week ends ils allaient en Belgique et en Hollande- nous faisaient rêver.

Y’avait aussi un autre bar, plus classe, pub à vitreaux colorés, de l’extérieur on ne voit pas l’intérieur, qui a brûlé un jour ; alors les gens disaient que c’était la « mafia Nouzonnaise ».

Car Nouzonville c’était Chicago.

En fait c’était surtout déjà une zone sinistrée, où des usines avaient fermé laissant sur le carreau les trois quarts de sa population. (Bien avant Thome Génot, fonderie fermée récemment, les CRS étaient déjà au taquet pour virer une poignée de malheureux qui réclamaient un peu de thunes pour se barrer en dédommagement…)

Bref la mafia avait frappé et le bar mystérieux derrière la place Ducale avait brûlé. Mais on a jamais su vraiment pourquoi alors c’est resté dans la légende « la mafia nouzonnaise »… » ahah…« les porte flingue italiens »… « les maquereaux belges »… « les arabes sont dans le coup »…

WÄDE SHÖCKEN

Le groupe mythique.

Un hardos de Charlevillle en 86 connaissait forcément ce groupe et revendiquait obligatoirement être pote avec machin ou bidule de Wäde Shöcken, style « moi j’étais à la maternelle avec le bassiste »

Ce groupe avait comme projet de  jouer comme Iron Maiden, et si possible un jour, avec Iron Maiden. Bien sûr, le jour où ils se perdraient entre Paris et Frankfurt et atterriraient dans les Ardennes, ils proposeraient certainement d’occuper la soirée en animant le club musique de la MJC locale.

Mais revenons à Wäde Schöcken :

Un soir de concert à la MJC du centre ville, reste un souvenir magique pour moi, le bassiste est tombé amoureux de ma copine, quelle chance inouïe, il avait le pantalon de Steve Harris à rayures noires et blanches, et malgré son petit excès de poids et sa calvitie précoce, il nous semblait sublime.

 

Les manifs de 86

Wah ! avant qu’Assouline vienne fumer les projets de la LCR en guise de calumet de la paix avec Mitterrand le Mytho, on a fait des grèves d’enfer ; on allait chercher les élèves dans les ateliers du lycée technique, alors là c’était l’aventure pour les élèves de Sévigné (le lycée classique allemand anglais latin où j’étais naturellement) ; déjà on allait débaucher les mauvais garçons, en plus on allait sécher et en plus on argumentait ; on pétait les couilles à tout le monde on en avait plein la bouche mais on savait même plus bien de quoi retournait le décret Devaquet.

devaquet au piquet !

C’était un chouette exutoire on foutait rien et ça a été le début d’une grande période de vacances ; après on avait pas trop envie de retourner en cours.

 

 

TRUST

J’ai vu Trust quand ils se sont « reformés » pour la première fois en ?88 à Charleville dans une salle de concert genre le bataclan, c’était super on voyait tout bien, y’avait le son, on a bien rigolé ; j’ai pris des tas de photos,c’est pour toutes les fois où je ne suis pas allée à

nono

et berno

Vouziers au festival des hardeux, parce que ma tante flippait de retours hasardeux en voiture avec des conducteurs bourrés. Et elle avait raison.

Les potes

A Charleville, j’étais pote avec un branleur, genre bon élève insolent qui ricane tout le temps ; le fils du vendeur de moquette de la zone piétonne ; on aurait dit Tapie avant l’heure le daron. Eh ben le pote, après des études brillantes, il est devenu présentateur télé de foot sur Canal. Toujours avec sa tête de branleur et ses yeux en pine de coyotte…Ah, tu l’as reconnu ?

on dirait san fransisco mais en fait c'est Lyon...

J’étais pote avec un gars qui se trimballait un perfecto dans le dos duquel il était écrit Venom ; qui se trouvait être à l’époque ce qui existait de plus terrifiant dans le hard rock. Il me faisait des cassettes des premiers Metallica, de Venom et Slayer ; on aimait bien Motorhead quand même qui semblait étrangement bluesy après les énervés de Megadeth et du trash en général.

J’étais pote avec une fille –on est devenues sœurs du métal- qui écoutait presque les mêmes trucs que moi, en moins speed ; mais bon on allait à la pêche aux sapes débiles ensemble aux puces quand j’allais à Paris.

la brubne c'est ma pote Sis' Pat

J’étais pote avec des punks zones qui habitaient nulle part, et qui ne parlaient pas beaucoup parce qu’ils étaient toujours dans le jaja. J’aimais bien un gars qui se coupait les cheveux plus ou moins en crête, et qui hésitait entre les trucs de baba cool comme jouer des percussions, et brailler Gogol premier dans son propre foyer « j’encule ma mère j’encule mon père et j’encule ma grand-mère ». Un peu de textes ?

Enfant du rock

J’adorais cette émission, je me jetais dessus quand on a eu la télé, tout ce que disait Manœuvre était parole de prophète, je connaissais plein de détails inintéressants des biographies des Stones et de groupes idiots, je trouvais que journaliste rock était un métier pour moi.  (je faisais pas encore de musique, et j’envisageais pas encore de devenir rockstar).

Aussi, j’achetais Rock & Folk et je lisais frénétiquement les articles, mais avec une certaine réserve quant aux âneries débitées par la new wawe, synthé à la con et Madonna star phare vénérée pour « like a virgin aow. » ; et c’est resté j’aime toujours pas Madonna elle me gonfle avec sa provoc’ pour adolescentes moches.

Ce métier était pour moi, j’allais leur montrer.

Quand je venais à Paris chez ma tante en vacances, comme elle habitait rue de Douai, j’étais à deux pas de la rédaction. J’allais acheter des anciens journaux, et j’en profitais toujours pour demander si du haut de mes 15 piges je pourrais voir Philippe Manœuvre 5 minutes, pour qu’il me file de conseils de futur collègue. On me disait invariablement qu’il était pas là. C’est pas cool hein ? Ca l’aurait peut être fait marrer de consacrer 5 minutes à un futur descendant du gonzo journalisme. J’ai tenté aussi à Enfer magazine, mais là c’était purement hardrock, moins ouvert, moins funky.

Bon après j’ai appris qu’il fallait faire une école de journaliste, et comme l’école me faisait déjà super chier, j’ai décidé de faire des photos.

J’ai appris à planquer mon petit appareil dans mon slip, pour faire des photos de tous les concerts où je suis allée par la suite, mais j’ai finalement jamais cherché à les vendre, pensant que de toutes façons, c’était trop difficile d’arriver et de dire à l’accueil de rock & folk « hey les gars vous voulez des supers photos pour votre canard ? ». Par contre j’en ai un tas à vous montrer.

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Life is Rock

Experiences –comme dit Hendrix-

Les auditions :

voilà à quoi je ressemblait en 88 -la blonde, la brune c’est ma pote-

Quand je suis arrivée à Paris,  comme mon projet c’était rockstar j’étais prête à tout pour y arriver. A 19 ans, le rock m’attendait à Paris d’abord à Londres et NY ensuite, c’était ma destinée, depuis le temps qu’on échangeait des dialogues ultra réfléchis en anglais avec mes posters de Motorhead Twisted Sisters et Maiden…Il me fallait donc un groupe de rock à 19 ans, avec la prétention d’être signée, après tout, des nazes comme Saxon ou Def  Leppard (Le léopard sourd ? ou la mort du Léopard ?) j’ai jamais su… y arrivaient bien. (et venez pas me dire qu’ils en savaient plus que moi en musique). J’ai trimballé mon ampli Torque 50 watts (autant de kilos) sur un diable avec des sandows et ma pauvre basse de l’époque, dans le train plus métro, n’hésitant pas à me taper une heure de train depuis la gare du nord avec tout le berloquin : une yamaha à la con -très bien pour les fils du métal- moins lourde que sa boîte à la con ; que je m’étais fait refourguer en même temps que des photos hard rock de « professionnel » par un vieux hardos charismatique, dans un rade craignos vers République. J’ai donc bravé le train de banlieue jusque Persan Argenteuil ou Nanterre, les dimanches après midi, les soirs en semaine, avec les ancêtres des lascars , les zoulous de l’époque, plus ou moins attendris par mon pitoyable  look hard rock et le fait que je me trimballe tout ça toute seule.

Extrait de conversation : eh tu fais du rock ? (à l’époque le lascar articulait normalement et n’avait pas un accent de déficient mental) ben ouais tu vois bien comment j’en chie là / eh fais voir si tu peux jouer marvingaye / euh je sais faire que du rock mais chante le truc pour voir  / ohgiveupgiveupgiveup / ah ben non hein ça chépa le faire mais c’est pas bob marley par hasard / ah chépa mais tu sais jouer un peu quand même ? : beuh ouais tiens regarde je te fais AC/DC (lalalalalalalalala) / mais tu sais jouer que ça ? fallait occuper les heures de transport.

Toute cette énergie dévouée pour d’ hypothétiques montages de groupes plus ou moins foireux, dont voici quelques exemples :

Un jeune con (17 ans quoi…) me fait écouter pendant des plombes des trucs pas bien qu’il a fait tout seul avec sa boîte à rythme,  en m’expliquant qu’il est fan des Bérus, et que c’est ça qu’il veut faire, ah ben y’a pas de basse dans les bérus, je fais quoi alors ?

Un « vieux » il devait avoir 28 ans -et à l’époque ça m’en paraissait 60-, me fait écouter des trucs à la rita mitsouko  et voudrait bien que je chante comme Catherine Ringer. Ouais mais déjà t’as vu comment elle chante ? et  je sais juste faire de la basse moi et encore registre rock, 4  accords, rythmique simple….

Y’a aussi eu la fois ou miracle ! je tombe sur Teasin’babes, le groupe en vue de Glam des années 89 90 à Paname : les gars sont tout en décoloration permanentée, bracelets, maquillages, futal en cuir et batterie rose, http://www.facebook.com/photo.php?fbid=334093463365533&set=a.334092970032249.78616.333956593379220&type=1&theater ça en jette, c’est les Bootsy Collins du wackenwoll. Ca se passe trop bien, ils sont souriants, c’est sympa,  je vois bien que ça colle, ah ben merde, on m’explique longuement que pour la zique ça irait, mais le look, là, va falloir bosser. (ah ouais j’ai pas encore adopté le corset cuir et lacets de Dorothy Pech (euh pêche), chanteuse très blonde du groupe teuton Warlock, devenue mythique grâce à ses seins généreux compressés dans du cuir lacé…)

La fois où j’arrive dans une mjc lointaine (vers evry ville nouvelle à l’époque) le gratteux, un libidineux à peau grasse, me dit qu’il est fan de Prince, que c’est ok mais faudrait que je joue avec la basse « quoi tu vois tu la passes là dans l’entrejambe »  voir vieux clip de prince ou des poufs en talons et résilles  jouent le funsex, prennent des poses suggestives et font finalement pas mal la gueule.

Pis bon y’a eu toutes les fois où c’était ok mais tiens si on baisait d’abord ?

Ben j’étais pas prête à tout finalement.

Y’a eu tout un tas de groupes sans suite, 17 à peu près, pas exactement bons.

Persan

J’avais un groupe de métal composé de Cyril à la batterie, Francis et Kris aux guitares, et moi. On a pas répété bien longtemps (de l’automne à l’hiver 88 dans un garage sombre de Persan) mais ces gars étaient les premières rencontres métalliques et musicales que j’ai fait à Paris. Cyril était fan de Mötley Crüe, Kris était fan de Satriani et de Cacophony avec ses deux guitar-heroes, Francis était fan de moi – ce qui était pas mal quoiqu’un peu lourd à la longue-.

Chez Cyril

Quand on est jeune, on se rend pas bien compte, rien n’est très grave et puis bon c’est la vie. Il habitait avec son grand frère, qui aimait vraiment Renaud, sa grande grande soeur qui aimait les anti-dépresseurs et le suicide raté, sa mère qui était la grosse dame du canapé.      Je crois bien que je n’ai pas vu une seule fois la mère de Cyril en mouvement, un peu comme la mère dans le film avec Johnny Dep, oui, Gilbert Grape.  Il y avait aussi dans ce deux pièces où la chambre ressemblait à un placard à lit, tout un tas d’animaux du genre chien-loup, lapins, chats, oiseaux, bref toute une ménagerie bruyante et cinglée de vivre dans 20 m2.

Cyril à 16 ans, était un petit blond souriant plein d’espoir : il rêvait d’intégrer Mötley Crüe, mais je sais même pas si à ce jour, il a pu aller en Californie une fois au moins pour un autographe de Tommy Lee.       Je crois qu’on peut dire sans modération que c’était la zone.

Kris                                                                                                                                                                              Kris éspèrait devenir lui aussi un héros de la guitare.

Il bossait depuis l’âge de 18 ans pour être autonome, à la SNCF, au nettoyage des trains. Quand il ne bossait pas, il faisait des gammes et s’entraînait à les passer le plus vite possible. Il avait l’idée qu’il fallait être un ascète dans la vie pour arriver à ses fins. Donc il buvait pas, il baisait pas. No fun comme dit Iggy….En même temps, sa mère était témoin de Jéhovah. Puis il a quitté le groupe, s’isolant de plus en plus tous les jours pour bosser les plans de Satriani. Peut être qu’il est devenu super fort en guitare, mais ça, personne le saura jamais.

Chez Francis

C’était une famille moyenne, père taxi franchouillard de banlieue, mère antillaise éducatrice, tous très sympa. Ils étaient famille d’accueil, y’avait toujours des tas de gosses rigolos en plus de lui et sa soeur.  Ses parents avaient décidé que je pourrais faire une belle fille potentielle. Un dimanche midi ils m’ont invité à manger, mais comme on avait largement fêté je ne sais quel concert la veille, j’ai tout vomi mon déjeuner avant même que le dessert n’arrive.  Je crois que j’ai fait une très bonne impression.

Duck

Il connaissait Kris le maniaco dépressif par le boulot. Mais Duck lui, il conduisait les trains, il avait fait les cours du soir et repassé des tas d’examens. Duck était franchement marrant. Même ma grand mère -chez qui j’habitais-  l’aimait bien. Toujours en train de dire des conneries, de bon poil, jamais sérieux. Un peu plus vieux que nous, et vachement bon à la guitare. Il jouait des plans de guitare sur des basses, il en avait plein, il claquait tout son fric à Pigalle en guitares. Il avait au moins trois basses (toutes de marque donc chères) dont une fretless, et des grattes dont des BC Rich -la grande classe à l’époque-. Et chez lui y’avait des amplis partout. Il connaissait tous les plans guitare et basse de Megadeth et faisait tout son possible pour ressembler à Dave Mustaine, son modèle. Manque de pot, il ressemblait plutot à Dalida, tout maigre, avec ses cheveux blonds filasseux. Sauf qu’il mettait des santiags et un perf tout pourri. Comme c’était la star du 93, il s’était payé une transam’ noire pour frimer avec son petit salaire de cheminot. Moi je trouvais ça bidon à l’époque. J’aurais du en profiter, il passait le volant volontiers. On a bien rigolé mais il a bougé sur Annecy à la fin des années 90.

 

La signature

Le jour où on a eu rencart chez Boucherie pour signer avec Witches, j’ai cru rêver : depuis le temps que je la voulais, je pensais qu’à 23 ans c’était mort, je serai pas rockstar et qu’il fallait remballer.

à la loco

-C’était avant Walou- Je me demandais comment nous, qui faisions du trash et pas du bon, on avait pu intéresser Boucherie : alors voilà depuis j’ai eu le temps d’y penser : on avait déjà fait le disque, toute la promo battait le fer sur « 2 filles 2 gars », genre le slogan du siècle ; ça leur coûtait rien ils distribuaient un produit déjà tout fait et ils nous filaient 1 franc par personne pour chaque skeud vendu.

niko fait de la batterie et moi de la basse -rythmique d’enfer-

Malheureusement, c’est  pas avec les disques de notre groupe lamentable qu’ils ont touché du blé, car nos comparses se sont dépêchés de nous lourder croyant que la fortune et le tapis rouge n’étaient là que pour eux : la diva et le soliste. Eh oui ça se la pète dans le rockandroll. Alors, splitt rapide et débandade, car le public aimait aussi la section rythmique que nous étions.(bien fait), et contrat annulé.

Les orgies de  boucherie 

Le temps qu’on a été signé (4mois) y’a eu des bouffes visant à euh ? je sais pas bien : faire se rencontrer les gens connus et pas connus (en général ils se mélangent pas de toutes façons) ou démonstration de l’esprit de la boîte, en tous cas, ouverture pour les groupies ; on y a vu comme les gens pas connus, des trous du cul comme nous signés sur le même label que nous, se la racontaient grave, comme les filles stars d’un groupe plus ou moins punk pop comme boucherie aimait, poussait des cris hystériques, et comme des gens connus Bigard par exemple (oui oui) était sympa et détendu avant d’être riche et de droite extrême ; Charlélie Couture (qui parle comme il chante) ne se marre pas franchement, et a l’air blasé, et le Parrain, là, Hadji Lazaro qui avait l’air de s’emmerder à force que des tas de gens viennent lui tenir la jambe, et que des filles aux looks extravagants fassent hihihihi dès qu’il disait bonjour… Le véritable intérêt de ces soirées était que la bouffe était d’excellente qualité : des plateaux de charcuterie et de fromage à se damner, du vrai pain, de la bière locale de trappistes, des vins choisis, des fruits neufs tout était super frais en provenance du marché du jour et des régions, bref ça ressemblait à de la vraie bouffe, pas comme d’hab’ où on se bat pas pour les petits fours secs du maire. Et le truc vraiment super sympa c’est qu’on pouvait incruster des potes. Merci Mr Hadji Lazaro, on s’est vraiment bien régalé.

La répétition très alcool

Chépa ce qu’y a, la répète sert souvent de moment de picole ; parait que, comme ça détend on se lâche et on joue mieux. Je suis pas sûre du résultat, mais j’ai croisé des tas de gars pour qui la répète sans packssssss est inconcevable.

Celui qui est défoncé croit maîtriser et se prend pour un dieu, il assène ses interminables solos à fond parce qu’il est le seul à ne pas s’entendre et finalement, il trouve que « c’était une répète pourrie et qu’on a pas foutu grand-chose et que le studio est nul avec un son naze et qu’il est bien trop cher ». Multiplions le comportement par le nombre de mecs qui ont bu, et on obtient une courbe exponentielle de jérémiades de stars loupées du wockenwoll.

Les concerts du Gibus

Quand je suis arrivée à Paris, y’avait des concerts trash (ou pire) toutes les semaines ; et je répétais avec des gars au Liberty –déjà au LRS- qui avaient 17 ans et qui écoutaient les trucs les pires du métal à l’époque : Carcass, Nucléar Assault, DRI, Tankard, Massacra, Dark Angel, Morbid Angel, et j’en passe ; j’ai même vu Sepultura avant leur gloire internationale…    Y’avait

t’as vu ça ? sepultura avant ROOTS BLOODY ROOTS

une bande de jeunes couillons entre 16 et 22 ans qui avaient établi une habitude de slam hebdomadaire, avec des règles : baskets obligatoires, celui qui sautait dans la foule avec des docs s’écrasait comme une merde au sol, y’avait personne pour lui. Et le grand mec maigre qui faisait le son et videur (tranquille, le videur, juste là sur la scène pour que les gens ne se blessent pas) chantait -si on peut dire-, dans groupe Proton Burst ; le groupe montant de l’époque, métal mais ouvert avec un gars là, Axel toujours dans les bons plans. Par exemple, Proton Burst avait réussi à se faire éditer un truc avec Druillet. Pendant ce temps, le Gibus, qui n’était pas en reste pour faire du fric, enchaînait soirée métal et dance floor, fallait tous nous virer avant 23h00.

 

Yann est une star : il joue maintenant dans Masshysteria

J’ai rencontré Yann dans un concert, il avait un appareil dentaire et des cheveux très crépus qu’il tentait de plaquer pour faire métal-style. On a fait un groupe vite fait ; Necropsia, la classe intégrale : un batteur beauf qui mettait les pêches après le temps, Yann qui faisait la chèvre à la gratte et moi, qui tentait de placer les plans de Steve Harris mal joués. Il était marrant, Yann il apprenait la guitare ; et il prenait des cours avec Bethov’ le gratteux héroïque –car très gentil- d’ADX. http://www.a-d-x.ch/

Mais si ADX, qui a oublié Suprematie ?  ah mieux ! prière de Satan :

Né d’une femme et de Satan

Par une nuit d’orage

Qui pouvait croire que cet enfant

N’était qu’en fait qu’un message

Cet enfant est l’ange du mal

Qui parmi nous veut diriger

Cet enfant est l’ange du mal

Il n’est jamais rassasié

Bref Bethov on l’aimait bien il se la racontait pas et filait des cours de métal et Yann a pu ainsi faire autre chose que des allers retours bêlants sur deux cases. Et après on allait tous au Gibus voir des concerts idiots. Depuis Yann joue dans Masshysteria, et il a des dreadlocks et des tatouages.

Tankard

Tankard (chope en anglais) est un groupe de thrash metal aux influences punk fondé en 1982 à Francfort. Le groupe définit lui-même son style comme étant du « Alcoholic Metal » en raison de ses très nombreux morceaux ayant pour thème l’alcool.

Le groupe compte une solide base de fans du monde entier, dont ils sont très proches (ils vont souvent boire quelques bières avec eux à la fin des concerts), ce qui leur permet de jouer dans de nombreux festivals internationaux.. extrait de wikipédia

Un soir de concert de Tankard au Gibus, avec le fameux Yann et Gérard-le batteur-beauf, on est allé quémander des bières et j’ai fait ma maline en parlant allemand ; devenant l’Interprète de la soirée, la fille indispensable qui sert à traduire des trucs intelligibles et fins comme « rotons ensemble » « à la tienne » « oh là là j’en tiens une bonne » et « on baise ? »

pff concert de merde…

Bref, l’ennui prenant le pas, voici la séance de dédicaces : un des bibendums du groupe empoigne un feutre indélébile et signe des vestes, des tee shirts, des vinyles, en veux tu en voilà, et moi j’étais là à papillonner autour, avec mon sourire niais, et comme j’avais rien à signer, le gros con propose de me dédicacer la peau, « ouah trop classe » (se dit la pétasse en moi) alors je tends mon bras, et je me suis retrouvé avec une grosse bite dégueulasse indélébile sur l’avant bras pendant une bonne semaine. Tout le monde a bien ri et j’ai refilé le soir même mes vinyles de Tankard, groupe de gros nazes.

La désillusion

Un jour j’ai été très déçue de constater que les rockers (la grande majorité) n’étaient pas les révolutionnaires et les idéalistes que j’avais romantiquement projeté qu’ils étaient.

J’ai réalisé qu’en vérité, le Monde ne les intéressait pas tellement et que la bière était l’unique base commune qui rassemblait des hordes de gens autour d’aucun projet, si ce n’est celui de se mettre minable pendant les concerts ; à la limite la musique c’est secondaire. Alors comme ça rockstar c’est juste avoir des sous ? sinon on se marie à l’église, on a des châteaux débiles avec des poignées en or massif, une collection de voitures et de fringues de stylistes, on prend des nurses françaises pour l’éducation de ses enfants ?on se la raconte, on rêve d’être sang bleu ?

Eh ben ce jour là j’étais anéantie. Mes idoles n’étaient en vrai que des abrutis.

 

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Rock is Life

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Brèves de quartier

 Brèves colos

Mamadou, huit ans, une fois de plus enrage : il vocifère, hurle, mord, tape tout le monde. Je le plaque au sol. Ca le calme.  Et puis après je le berce en lui montrant les nuages. Inspire, expire, longtemps et il est devenu tout mou, tout calme. Juillet 2001.

Milly, douze ans jette son appareil photo : sans garder la pellicule C’est un appareil jetable. Juillet 2001.

Milly fugue jusqu’à l’arrêt de bus municipal, à Oostende. On l’a retrouvé attendant un bus pour rentrer à Paris. Il n’y en avait pas. On a fini par rentrer au camp après trois quarts d’heure de pourparlers. Juillet 2001.

Mamadou (encore)  ouvre la porte latérale du camion pour pousser un autre gamin sur l’autoroute qui l’énerve. L’animateur qui conduit  pile sur la bande d’arrêt d’urgence et le rassoit avec conviction. Un peu plus loin, quand on peut s’arrêter sur une aire d’autoroute, j’hurle sur Mamadou. Alors il me jette une poignée de gravier à la figure. Je vais tuer ce gosse. J’ai failli le tuer, maintenant je pourrai plus, il est balèze. Juillet 2002.

Mamadou (sigh) m’insulte copieusement. Je le plaque au sol et je m’assois sur lui. Quatre-vingt kilos de barbaque sur l’estomac, ça calme au moins un moment. Juillet 2002.

Aujourd’hui Adama a dit cinquante trois fois  « je m’en bats les couilles ». Juillet 2002.

Aux douches du camping, Rachid branche une gamine flamande en train de laver la vaisselle: « me love you, you need a help, mademoiselle ? ». Elle est allée chercher son père. Juillet 2002.

Les mômes jouent avec un ballon de foot dédicacé par les joueurs de l’équipe de France pour la coupe d’Europe, avec plein d’initiales. Un jour on voit A.S. au gros feutre sur le ballon. Il n’y qu’un gamin à qui ces initiales appartiennent : Adama Sacko. Juillet 2002.

Waba a rayé le camion de location avec un piquet de tente. Il s’est vengé, on l’avait engueulé. Plus de caution. Juillet 2002.

Rachid s’est niqué la dent, pétée net en deux morceaux. Daouda l’avait marabouté selon la collectivité, parce qu’ils étaient en froid…Le père de Daouda est un grand marabout réputé dans tout le 20ème. Août 2002.

Fatou (13 ans) a eu ses règles. Alors sa mère a dit « à la maison, tu sors plus. »Bon, heureusement, ça marche pas trop, elle n’est pas souvent là pour la surveiller. Juin 2003

Une maman vient inscrire sa gamine pour des vacances, et explique qu’elle n’a pas d’argent. Et que l’assistante sociale s’en occupera plus tard ; la grande soeur est là, je lui demande : « et toi ça te fait pas chier de pas partir »? Elle me répond « Ah mais moi je vais à NY trois semaines ». aaa     Juin 2003

Fio (18 ans) se pointe le jour du départ à la colo avec 7 points de sutures sur le poignet. Au bout de trois semaines, il a fini par nous dire qu’il  avait pris un coup de machette (à St Ouen)…mais on sait toujours pas pourquoi. Juillet 2003

Chafik c’est un vrai branleur : c’est le petit frère de Salima, il a 14 ans et elle 18. Il lui dit toujours ce qu’il faut qu’elle fasse : « ne t’habille pas comme ça, ne parle pas à ce mec là, fais ci fais ça… » ; par contre, le jour où le connard qui sortait avec Salima l’a tabassée dans la rue, parce qu’elle n’en voulait plus, il était où le frangin ?  Juillet 2004

Quand il est arrivé du bled y’a 4 ans, le premier truc qu’il a dit, c’est « eh les amis, y’a des colettes ici ? » parait que ça veut dire femme, -voire pute bref fille facile- au bled. Alors tout le monde l’appelle Colette, maintenant plus personne ne sait son vrai prénom.   Juillet 2004

Tie dit à Colette  « et moi t’as vu mes mains de daron ? je te mets une claque tu vas t’envoler! » en effet, à 15 ans elle mesure 1.70m et chausse du 43, elle a des « mains de daron » et il fait pas le poids.  Juillet 2004

Mr Niame a d’abord interdit à sa femme d’aller à l’alphabétisation, puis il l’a réexpédiée au bled le mois suivant, et est revenu avec une servante de 15 ans. Petit échange. Juin 2001

Bachir s’est pris une raclée monumentale par un dealer de « St blaise ». Il l’avait confondu. Décidément, les dealers sont aussi cons que les flics par chez nous. Juin 2002

Les vieux débris du conseil de quartier n’ont pas supporté que 350 lascars viennent gentiment au repas de quartier qu’on avait réussi, malgré la flicaille  alertée par leurs soins. C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu d’embrouilles, en dépit de leurs efforts désespérés. Ah ! les sales vieux jaloux, ils crèveront avant nous. Octobre 2002

Quand on rencontrait Monsieur Niabali, ça allait toujours « j’ai un petit rhume, rien de grave…ça doit être la pollution. » Monsieur Niabali a été hospitalisé d’urgence un jour de septembre 2005. Mr Niabali est mort en quinze jours. C’était le sida.

Une gosse de 16 ans vient me voir avec un hijab sur la tête pour que je l’aide à trouver du taf : « en plus à H&M c’est des racistes ils veulent pas me prendre comme vendeuse ».Victime !

Le boulanger (algérien) du coin me dit : « ah mais mad’moiselle, si vous voulez faire un repas de quartier faut acheter de la bouffe cacher, y’a que des juifs, des tounsis par ici ! ».J’en connais trois sur tout le quartier et encore ! dont un qui n’a pas l’air de bouffer cacher et qui fait le con le samedi avec ses enfants.  Oct 2004

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En camping avec des ados

Le camping « de l’extrême» (selon une pied tendre qui a animé les petits)

Une animatrice (qui ne l’est plus depuis) a laissé traîner son portefeuille par terre au milieu du camp des lascars. Ils sont des pros de la bidouille (achat vente dans tous les domaines). Évidemment le larfeuille disparaît. Les animateurs stagiaires, pas très formés veulent obtenir des résultats à la manière forte : Interrogatoire, lampe torche dans la gueule, -pire que des flics-. Les insultes et les menaces pleuvent. Un animateur perd patience et met un coup de poing à un des plus grands (de 19 ans). Ca part en baston. On sort remarquablement des objectifs pédagogiques du projet, pour rappel « sortir de son milieu et de ses lois urbaines ».

canyoning...

Tout le monde monte en pression, on évite la baston générale de peu. Une animatrice fait un numéro d’hystérique, une autre animatrice à deux sous, joue la scène de l’évanouissement…le cinéma « made in bled » prend de l’ampleur, personne ne contrôle plus rien… Avec deux animateurs, on largue toute l’équipe et on prend en charge les 18 ados à part, pour aller voir le foot ailleurs (c’est un soir de match important). Puis tout le monde se couche. Non sans le petit blabla pédagogique obligatoire auquel même nous, on ne croit plus avec les mots clé de l’animateur sérieux « accord respect règles échange valeurs… ». Le lendemain, le portefeuille est retrouvé sous une tente, intact. Août 2002.

On s’est fait lourder du camping des Sérigons de la Roche des Arnauds Hautes Alpes (que la planète entière le sache !). Exactement vingt-quatre heures après le début des installations : je venais de brancher le frigo. Alors après moultes recherches, on a atterri dans un camping de gitans un peu crado mais sympa, juste ce qu’il nous fallait, un peu paumé ; le personnel n’était pas farouche avec nos sauvages hurleurs. Juillet 2003.

Les grands se faisaient une beauté avec une tondeuse toute neuve : à un mètre de moi, Safo, rasé de près, et Guada avec une belle coupe toute fraîche…j’ai le trésorier de l’association en ligne « les flics vous cherchent pour une histoire de tondeuse »… Plainte du gérant de la supérette locale, une heure trente de commissariat. Juillet 2003

Un animateur stagiaire propose aux gosses d’aller voler pour lui : « ramène à tonton la paire de nike à 200 euros, en échange je te file un mars »…et les petits cons « ouais ok, tout de suite ».Mais les mômes sont venus le balancer au bout de 24h « eh Sido, ils nous achète là- uis ! »  Oui, mais sûrement pas assez cher pour qu’ils se taisent. Ils voulaient même lui faire la peau finalement. Il est reparti en train le lendemain,  sans son stage validé. Juillet 2003

La bande des petits shétans a sauté sur Mireille (13 ans). C’est une petite en manque d’affection, qui confond allumer et jouer. Ils l’ont pas ratée : arrachage de maillot dans la piscine en 25 secondes et coups et griffures sur tout le corps. C’est des animaux ces enfants ; Seydou (l’animateur référent préféré) les a sévèrement punis d’activité et de sucreries pendant les douze jours restants. Juillet 2003

A une soirée du camping, tous les grands dansaient comme des dieux, tout le monde n’avait d’yeux que pour eux :  ils sont beaux, souples, marrants, alors tout d’un coup c’est super d’être avec eux, j’oublie tous les plans pourris d’avant. Juillet 2003

Bilal fait des dérapages de fou furieux avec le cametard dans un champ. Il maîtrise c’est sûr, mais on fait pas mal de deux roues. Tout le monde se marre, mais c’est chaud, une vielle caution plane sur l’engin de location. Juillet 2003

Safo fait le con par la fenêtre du cametard : « Bac 20ème, mettez vous sur le bas côté, hep vous là bas papiers siouplaît ! quoi, t’as quelque chose à dire ? » Pendant tout le trajet de gap à embrun. (50 bornes, c’est long).  Juillet 20037

à la piscine

Mami (15 ans) est devenue super respectée parce qu’elle a mis une grande claque à Fio (18 ans). Après elle lui est tombée dessus comme une vraie tigresse. Pour s’occuper, il avait provoqué une baston entre sa sœur (13 ans) et le petit frère de Mami, Sakou (6 ans).Il devait sacrément s’emmerder pour ne trouver que cette occupation, mais il a du regretter, parce qu’elle a rien lâché. Mami c’est la plus belle des filles du quartier, mais c’est une bledarde, arrivée l’année dernière du Sénégal. Elle a un délicieux accent. Mais maintenant, même les grands filent doux avec elle.  Juillet 2003

Chris, c’est la tête en l’air du groupe, il est toujours en train de rêvasser, il capte rien. C’est celui qui sort en dernier du camion et qui a toujours oublié un truc. C’est aussi celui qui traîne avec les animateurs, et qui reste sans ses potes qui se sont déjà cassé y’a une heure. Juillet 2004

à la plage de Lisbonne -c'est froid-

Voyage voyage

Ce pauvre demeuré de Bachir (un animateur d’occasion) s’est paumé avec la bande des voleurs sur l’autoroute entre Porto et l’Espagne du nord. Au lieu d’attendre gentiment que l’équipe le retrouve, et d’écouter son téléphone rempli de messages, il a écouté les bons conseils des grands (ceux qui n’ont qu’un cerveau pour 5). Et ils ont, en 3 heures : volé de l’essence et se sont fait serrer au péage, cramé un péage, et se sont fait serrer au suivant, volé des tas de saloperies et une carte d’Espagne 300 km plus tard…Ils nous ont rejoint miraculeusement à l’auberge espagnole (grâce à Baba qui est intelligent). Après ça, ils viennent me voir et me disent « tu nous emmènes au Mac do, on est crevés et pis on a faim ». Donc, c’est NON, alors ils sont fâchés et pour se venger, ont foutus le souk dans l’auberge de jeunesse toute la nuit. Au point que les flics ont débarqué : ils ont 19 ans tous les cinq…C’est inquiétant hein ? A propos de flics, avec les voyages qu’on a faits, on pourrait faire un guide touristique des polices européennes. Bon, de toutes façons, y’en a pas une pour rattraper les autres. Juillet 2004

Soirée quartier libre

Encore de l’aventure en perspective…Dans un petit port au sud de Porto, les grands faisaient leurs trucs et je traînais avec les plus jeunes (les préados) en mangeant des glaces sur la «croisette » locale. Seydou arrive en courant avec une dizaine de jeunes hagards et essoufflés, la bande des grands cons suit en courant, poursuivie de 20 gars bien déterminés à se fritter et armés jusqu’aux dents : chaînes, cric, schlasses et bouteilles cassées au menu. C’est la bande à Kruel (il faut lire Kebra de Jano) façon Portugal. La plupart des gamins sont déjà dans le camion, les retardataires et nous (trois animateurs impuissants), nous sommes réfugiés sur la place du bled. Le gérant du bar local se dépêche de ranger la terrasse…tout le monde est pétrifié face aux hostiles portugais. Sauf Kassim, animateur stagiaire, et Lachmi (un adolescent qui se prend pour un caïd) qui font volte face : Kassim a chargé avec un parasol et ce con de Lachmi a sorti un couteau de légionnaire très impressionnant. Je ne sais pas comment, ça a mis en déroute les énervés et valait mieux, les tables et les poubelles volaient, et ça craignait sec ; une sorte de Madmax, made in Portugal, Madmakch quoi. J’ai que eu le temps de mettre une claque à un petit con de 15 ans, et de le renvoyer dans le camion : il voulait héroïquement participer au carnage…après ben, on a fait connaissance avec la police locale, (après la police Lisboëte)…Et donc, j’ai (encore) passé la nuit au commissariat à justifier et expliquer « ah euh oui oui, c’est des papiers du Sénégal mais ils sont français… » Ma jeunesse était entrée dans un de ces trucs à jeux vidéo. Ils ont essuyé des insultes genre « negrita, negro, filio (? hijo non?) de puta» et autres douceurs. Makéla avait mis un premier coup de tête… Juillet 2004

Un cerveau pour cinq

Les parents, qui croyaient leurs enfants partis un après midi au sport, ont commencé à m’appeler inquiets pour savoir si j’avais vu leur enfant vers 23h…. les grands du quartier m’ont dit qu’ils étaient partis à Troyes…effectivement, en appelant le commissariat de Troyes, j’ai appris que la bande des voleurs (toujours les mêmes, ceux qui partagent un seul cerveau difficilement) avait décidé de partir acheter (au départ) des habits en sortie d’usine. Ils étaient partis avec un niais sans permis au volant et le demeuré de la troupe était parti seul en train, faute de place. Une fois à Troyes, ils chourent les sapes et se font serrer sur la route 10 bornes plus loin. Ils avaient choisi un jour de match important (Troyes / Nancy) pour y aller, donc beaucoup plus de police surveillait les lieux. La police a gardé la voiture, faute de permis, et les parents sont allés les récupérer à la gare…certains ont encore mal aux cheveux. Mai 2004

Grande détresse

Une femme en grande détresse s’est bazardée du cinquième étage à 16h35 et s’est explosée devant tous les gosses qui sortaient de l’école.Ils ont fait des tas de commentaires comme si c’était rien pendant trois mois : « ah c’est dégueu tout le sang là…Ah ouais et t’as vu la jambe là toute tordue ? » mais les pompiers ont mis plus de temps à faire dégager les mômes que pour récupérer les bouts de corps. Ils en ont longtemps parlé avec de plus en plus de détails. Juin 2002

Bachir « les pauvres aussi sont cons »

La grande soeur de Bachir est revenue en cloque à 18 ans, elle a caché l’affaire à sa famille pendant des mois, en se saucissonnant le bide. Un jour elle s’est mise à pisser le sang et s’est retrouvé hospitalisée vite fait. Sa mère a fait le cinéma habituel des familles « déshonorées » et comme si la gamine en avait pas déjà assez bavé,  elle l’a obligé à envoyer le lardon, (pas bien fini au bled) dans un orphelinat. J’espère qu’entre temps il est mort, parce que sinon, il a une vie pleine d’avenir : un karlouch, prématuré, pauvre et orphelin à Alger (dans le meilleur des cas). La moyenne sœur de Bachir a fait la même, un peu plus jeune encore que sa sœur. Alors cette fois le père, on sait qui c’est : c’est le mec le plus barge et le plus violent du quartier. La légende dit qu’il s’est échappé de Saint Anne en sautant par la fenêtre du troisième…Alors la mère a refait le coup du « ya hbibi, ya hbibi quel malheur !!!  Regarde sale pute le déshonneur sur la famille »…et autres conneries du genre. Et on recommence avec le lardon, mais cette fois, en pouponnière française. (C’est l’évolution, on peut espérer que la 5ème sœur pourra le garder…). Le bébé –bien parti dans la vie- a passé deux ans à l’orphelinat et son père le dingo l’a récupéré, après avoir fait un mariage en règle avec une autre pauvre idiote qui se laisse tabasser.

Bachir s’est fait maltraiter pendant toute son adolescence par ses « potes » : prête moi ta sœur, je vais dans une fête…ta sœur la pute, t’es un pédé, tu vaux pas mieux que ta sœur…Et depuis il est devenu fourbe et pas très sympathique. Pourtant, on peut pas dire qu’ils ont pas eu d’éducation : leur père foutait une raclée par jour à un de ces enfants pour le faire progresser.

lascars à Venise

Phrases d’ados bonus

L’été 95 les ados  de Tremblay ont dit ça : -et Nko a noté-

« Bélaïd il a un frère alors il se la pète… ouais il se la pète parce qu’il a un frère» Sofiane

« ouais les affaires à Belaïd elle puent mais c’est pas grave, j’ai un jean pour dormir» Sofiane

« Vas y Béla, téléphone maison» fois quinze Bélaïd

« Wah y’a plus d’ pêches ! moi j’aime les pêches !» Bélaïd

« Les pamoi c’est des mecs qui courent et qui disent « pas moi !» Silence… « Voilà c’est fini !» Bélaïd

« Hé ! Marie jo Perec !» Bélaïd imitant MJ Perec

« Vas y tsé pas quoi ? dès que je passe devant sa tente, déjà ça pue, ouais ! vas y moi la prochaine fois je prends du dèrouik» Bélaïd

Concernant la douche : « C’est chiant y’a rien pour accrocher ses affaires dans la douche ! » « Ah oui ils devraient mettre des porte manteaux j’adore les porte manteaux j’en ai plein ma chambre et dès que je rentre de l’école, hop !» Samia

« Vas y Marc c’est deux de tension !» Cédric

« En Afrique y’a rien que des arabes» Sofiane

« Ouh là là !  T’as tout gâté ! …Arrête de gronder !»Yoan from africa

« Amirouche il est blanc comme Mickaël Jackson» Yoan

« Vas y passe moi un franchement !» Samir

« C’est les riches les bourgeois» Sofiane

« L’aut’ jour y’avait des flics, vas y y z’avaient même pas d’armes !» Sofiane

« Quand y s’agit de bouffer y veut pas bouffer, et quand y faut bouffer wah !» Hayet

« Si ma meuf elle est intelligente, elle sait qu’elle doit faire la vaisselle.» Cédric

« quand je fais la bouffe je suis Pierre Richard !» Ahmed.

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Choddar 26

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encore

ter et der pour l'instant

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Choddaaar 25

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bis

ter

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Choddar 24

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on a encore des trucs à dire...

et on est encore plein

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Choddar 22

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on est plein

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Choodar 20

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on est plus nombreux donc on cause plus

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Choddar 18

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oui, des fois on a plus de trucs à dire

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Choddar 17

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